1. Le « Taylorisme » ou organisation scientifique du travail (OST), ou rationalisation :
Les recherches sur la comptabilité des coûts de revient et sur les moyens d’éviter tout gaspillage de temps dans les usines sont devenues fondamentales pendant la Grande Dépression (vers 1873), période de baisse des prix, donc des profits. Elles sont devenues centrales aux Etats-Unis, compte tenu de la nature de la main d’oeuvre largement immigrée et non anglo-saxonne, donc peu formée, peu alphabétisée et surtout très mobile (« turn over »), car ses perspectives sont l’acquisition de terres.
FW Taylor (1856-1915) né dans une famille de quakers de Pennsylvanie est un exemple de promotion sociale, puisqu’il est embauché comme manœuvre dans une aciérie en 1878 et franchit ensuite tous les échelons. Ses recherches empiriques portent à la fois sur l’observation de l’organisation du travail et l’amélioration des procédés de fabrication (aciers à coupe rapide).
L’ingénieur sidérurgiste FW Taylor (1912 Principles of scientific management) a proposé dans son oeuvre la modification en profondeur de l’ancienne organisation du travail, qui relevait des ouvriers eux-mêmes et des chefs d’atelier.
Cette modification réside en 3 points :
1.Etudier les opérations productives par des bureaux des méthodes composés d’ingénieurs (« industrial engineers ») qui décomposent les mouvements en gestes simples, l’objectif étant d’accroître les rythmes de production tout en diminuant la fatigue des ouvriers.
2.Fixer les normes de production et créer un personnel spécialisé de cadres contrôleurs chargés du contrôle des temps.
3.Inventer un système de rémunération équitable qui pourrait susciter l’adhésion des travailleurs au nouveau système, sans qu’ils n’y voient une machine de guerre pour diminuer les salaires et augmenter les cadences.
Taylor voit quatre avantages principaux dans l’usage des économies réalisées ainsi par l’entreprise :
1.La baisse du prix de revient du produit qui permet la hausse des profits
2.La baisse du prix de vente qui peut élargir la consommation
3.La hausse des salaires ouvriers sans accroissement du temps de travail
4. L’ « harmonie » sociale dans l’entreprise par la collaboration entre planificateurs et exécutants
Taylor n’a été que partiellement entendu, et les aspects “sociaux” de son oeuvre pratiquement ignorés. Son nom désigne une organisation de la production, dont le symbole véritable est le chronomètre. L’intéressement financier des salariés à la hausse de la productivité n’a pas été retenu par les premiers applicateurs des méthodes tayloriennes, ce qui explique l’opposition des ouvriers qualifiés à la déshumanisation du travail, et le durcissement de leur opposition avec les ouvriers non-qualifiés Il ouvre la voie à la chaîne de production automobile, et à la logistique de l’approvisionnement en pièces de la Ford T mise en oeuvre en 1913, ce qui fait passer le temps d’assemblage de 12 h à 2h35 puis 1h30 au début 1914.
Annexe : Citation de l’historien Alain Corbin in L’avènement des loisirs 1850-1960.
A l’aube du XIXème siècle, le temps du paysan, celui de l’artisan comme celui de l’ouvrier était poreux, pénétrés d’imprévu, ouverts à la spontanéité, soumis à l’interruption fortuite ou récréative. Ce temps de relative lenteur, souple, malléable, occupé par des activités souvent mal déterminées a été peu à peu remplacé par le temps calculé, prévu, ordonné, précipité de l’efficacité et de la productivité ; temps linéaire, strictement mesuré, qui peut être perdu, gaspillé, rattrapé, gagné. C’est lui qui a suscité la revendication de l’autonomie d’un temps pour soi, dont la grasse matinée et la pêche à la ligne constituent des séances emblématiques. Or le désir de ce temps vide, insidieusement menacé par l’ennui a paradoxalement suscité un autre temps de loisir et de distraction, à son tour prévu, organisé, rempli, agité, fondé sur de nouvelles valeurs.
2. Henry Ford et le « fordisme ».
1. De Henry Ford…
D'origine modeste, Henry Ford est le fils d'un fermier irlandais immigré aux USA, c'est le prototype du self made man, l'incarnation de la réussite américaine, comme d'autres "rois" (Morgan, Rockefeller…) de ce que les historiens américains appellent le « gilded age » (âge d'or)
Devenu ingénieur à Détroit, il construit sa première automobile en 1892-93.
Il crée en 1903 la Ford Motor Company : 100 000$ de capital, 118 salariés, 1700 véhicules produits. En 1929, l’entreprise emploie plus de 200 000 personnes (Détroit, Canada, Europe) et fabrique 2 millions de véhicules.
Adoption des méthodes du taylorisme.
Division des tâches poussée à l'extrême avec la création des premières chaînes de montage,
Diminution du nombre des opérations, qui passe de 7882 à… 18
Ford précise que sur ces 7 882 opérations, 949 exigeaient "des hommes robustes et pratiquement parfaits, du point de vue physique", 3 338 requéraient des hommes d'une force physique "simplement ordinaire", presque tout le reste pouvant être confié à "des femmes ou de grands enfants".
"Nous avons constaté que 670 opérations pouvaient être accomplies par des cul-de-jatte, 2 637 par des unijambistes, 2 par des hommes amputés des deux bras, 715 par des manchots, et 10 par des aveugles."
Diminution des temps de fabrication : en 1913, il fallait 14 heures pour assembler le modèle T, en 1927 il suffit de 95 minutes
Standardisation et production en grande série.
De 1909 à 1928 : un seul châssis, une seule couleur.
Chute du prix de vente de 1500 à 600 $, soit l'équivalent d'une vingtaine de semaines de salaire ouvrier moyen (80 en France à la même date)
Ere de la consommation de masse : 15 millions de Ford T ont été vendues quand on arrêta la fabrication en 1928.
Réduction du temps de travail et hausse des salaires qui permet de faire des ouvriers eux-mêmes des consommateurs
1914 le salaire journalier est fixé à 5 $ (dans le reste de l'industrie automobile 2 $)
Mon principe est d'abaisser les prix, d'étendre les opérations et de perfectionner nos voitures. Il faut noter que la réduction du prix vient en première ligne. Je ne me préoccupe pas du coût de fabrication. Le nouveau prix oblige le coût de fabrication à descendre. (…) L'abaissement du prix oblige chacun à rechercher les moindres profits. Cette contrainte me fait trouver plus d'idées nouvelles, en matière de fabrication et de vente, que n'importe quelle autre méthode moins exigeante.
Par bonheur, les gros salaires contribuent à l'abaissement du coût de fabrication, les ouvriers devenant de plus en plus industrieux une fois exempts de préoccupations étrangères à leur travail. La fixation du salaire de la journée de huit heures à cinq dollars fut une des plus belles économies que j'aie jamais faite, mais en le portant à six dollars, j'en fis une plus belle encore.
Henry Ford, Ma vie et mon Œuvre (1925)
auto-biographie dans laquelle il se présente comme un réformateur social.
2. … au « FORDISME ».
Le terme est lié au nom de Henry Ford, mais aussi et surtout aux travaux de Antonio Gramsci, théoricien marxiste et dirigeant du Parti Communiste Italien, qui a désigné sous ce terme la façon dont le prolétariat avait été progressivement intégré dans la société américaine. Aujourd’hui, le terme est passé dans le langage commun, mais il a une signification très particulière dans les travaux de l'école de la Régulation animée par des économistes français (Robert Boyer, Michel Aglietta...). Sous leurs plumes, le mot désigne un « régime d’accumulation » (et de reproduction) du capital qui s’est épanoui pendant les « Trente Glorieuses » après 1945, marquées par l’expérience de la séquence catastrophique crise des années 1930-seconde guerre mondiale, l’arrivée au pouvoir de générations nouvelles, et une faible ouverture internationale. Il consiste principalement en deux éléments :
1. la généralisation de l’OST ou taylorisme, non seulement dans son champ d’application naturel c’est à dire la grande entreprise d’assemblage, mais aussi dans des secteurs comme la banque, l’assurance ou la distribution... avec une division extrême du travail et une mécanisation continue (songez aux photographies représentant des « pools » de secrétaires alignées chacune derrière leur machine à écrire, ou encore à l’invention de la « sténo » pour prendre des notes plus rapidement) .
2. un compromis entre représentants des travailleurs et détenteurs des moyens de production, généralement sous l’égide de l’Etat qui concerne le partage des gains de productivité nés de l’OST.
hypothèses de départ de la théorie de la régulation
• le processus d’accumulation du capital est déterminant dans la dynamique d’ensemble de l’économie et de la société.
• le processus d’accumulation n’est pas spontanément auto-équilibré par de purs phénomènes de « marché » et de « concurrence »
• pour canaliser ce processus d’accumulation hautement instable, il faut des institutions (dans le double sens d’organismes officiels – par exemple des organisations garantes de « conventions collectives » - et de valeurs partagées – par exemple l’ « impératif de la croissance » comme l’a dit De Gaulle-) et des formes structurelles capables de normer les comportements collectifs et individuels.
3 concepts-clés
« régime d’accumulation » est l’ensemble des régularités qui assurent une progression générale et relativement cohérente de l’accumulation du capital en résorbant ou en étalant dans le temps les distorsions et déséquilibres qui naissent en permanence du processus d’accumulation lui-même.
Ces régularités concernent :
l’évolution de l’organisation de la production et du rapport des salariés aux moyens de production
un horizon temporel de valorisation du capital sur la base duquel peuvent se dégager les principes de gestion
un partage de la valeur ajoutée qui permet la reproduction dynamique des différents groupes sociaux
une composition de la demande sociale validant l’évolution de la production
une articulation entre les formes capitalistes de production et les formes non-capitalistes
Formes institutionnelles : (voir plus bas) permettent de construire ces régularités
Mode de régulation : ensemble de procédures et de comportements des acteurs qui permet de passer d’un ensemble de rationalités limitées dans les décisions de production et d’échanges, multiples et décentralisées, à une cohérence dynamique de l’ensemble du système. Sa fonction est de soutenir et piloter le régime d’accumulation en vigueur par le biais de trois grands principes : la contrainte, la négociation, la routine.
une analyse des crises : la reconstruction de l’histoire du capitalisme aux XIXème et XXème siècle grâce à cet édifice théorique est bien entendu destiné à fournir une explication des crises, notamment celles de « 1929 » et de « 1973 » voire « 1873 », mais pas uniquement, en observant si ces éléments concernent les formes institutionnelles en vigueur, le mode de régulation ou le régime d’accumulation lui-même. L’objet de la théorie est aussi bien entendu d’analyser les mutations très contemporaines.
La cohérence de ce compromis repose sur ce que les auteurs appellent des "formes institutionnelles" dont l'interdépendance permet une bonne prévisibilité de l'évolution économique, notamment une articulation entre un système de production de masse et (contrairement à l’entre-deux-guerres) un système de consommation de masse symbolisé par la généralisation de la publicité. (ex : le personnage du mari benêt de my beloved witch est un publicitaire)
Ces « formes institutionnelles » sont de 5 types.
1. formes de la concurrence : une régulation de la concurrence « monopoliste ».
NB il y a deux pôles théoriques extrêmes de la régulation de la concurrence : « concurrentielle » quand l’équilibre des quantités et des prix se fait ex-post (l’ajustement des prix et des quantités se fait une fois les biens et services produits, avec risque de stocks invendus, de prix bradés, de faillites d’entreprises…) ; « monopoliste » quand l’équilibre des quantités et des prix se fait ex-ante (une répartition relativement équitable du revenu au préalable permet de soutenir à la fois la croissance de l’offre et de la demande, dans un contexte de production de masse, c’est à dire de biens relativement indifférenciés)
La production de masse de produits standardisés nécessite une nouvelle organisation de la production entre les entreprises, une concurrence oligopolistique. On parle de régulation "monopoliste".
Il s'agit d'une accumulation intensive, c'est à dire intégrant une forte part de "progrès technique" dans l'investissement.
La période est marquée par une concentration et une centralisation accélérée du capital au sein de firmes et groupes financiers géants qui développent leur stratégie à l'échelle de la terre entière. La stratégie d'expansion de ces firmes est planifiée pour accaparer une large fraction du surplus produit dans l'économie ; en d'autres termes, il s'agit d'être présent dans toutes les activités les plus profitables. La forme privilégiée de la concentration est donc le groupe financier composé d'une holding et d'un grand nombre de participations (majoritaires ou non qui conduisent à une propriété de fait) dans des entreprises industrielles, commerciales, des banques...
Ce faisant, leur pouvoir de marché augmente, c'est à dire leur possibilité de contrôler les prix et d'influencer la demande par une politique de commercialisation de plus en plus coûteuse (forte croissance des dépenses de publicité)
Cette logique nécessite une articulation effective entre secteur des biens de consommation et secteur des biens d'équipement. Au total, ce relâchement de la concurrence ne provoque ni guerre des prix, ni fluctuations brutales et réduit considérablement l’atmosphère d’incertitude qui prévalait avant 1939.
2. un rapport salarial : une régulation sociale qui impose un contrôle de la force de travail
NB on distingue 3 formes de rapport salarial qui se succèdent historiquement.
Rapport « concurrentiel » : la consommation des travailleurs est faiblement insérée dans la production capitaliste elle-même. Le salaire est un salaire de subsistance qui permet de reproduire sa force de travail (y compris par sa descendance, cf étymologie de prolétaire, en latin, celui qui ne possède que sa descendance), en assurant ses besoins vitaux, mais en étant soumis à tous les accidents de la vie, à une intense précarité.
Rapport taylorien : Une production de masse de produits standardisés nécessite une nouvelle organisation de la production à l'intérieur des entreprises. L'organisation taylorienne (dite "scientifique" et notée OST) du travail permet, en liaison avec une multitude d'applications techniques des gains de productivité croissants 5 à 6% annuels en moyenne. Mais, le progrès technique n'est pas la seule explication : l'autre face est la déqualification et l'intensification du travail ouvrier (certains théoriciens du travail parlent d’ « ouvrier-masse ») ; parallèlement la qualification du travail d'encadrement donnera naissance au groupe social des "cadres".
Si le mouvement ouvrier (cf Michelle Perrot « naissance de la grève ») parvient à éviter des baisses de salaires, voire obtenir une hausse du salaire réel, globalement, la structure des budgets ouvriers n’est guère modifiée en France entre 1895 et 1930. Le mouvement ouvrier obtient certes une stabilisation des salaires (par opposition à leur variation parfois hebdomadaire) qui réduit considérablement la précarité et une baisse du temps de travail (revendication de la journée de huit heures). Globalement, les salaires ne profitent guère des gains de productivité.
Rapport fordiste : les gains de productivité sont "partagés" entre profits et salaires. L'augmentation du pouvoir d'achat est négociée par des syndicats dont le rôle est reconnu et institutionnalisé, on parle à leur propos de "partenaires sociaux" ; elle est codifiée par des conventions collectives. L’évolution des niveaux de vie des salariés est donc de moins en moins liée aux aléas du marché de l’emploi. Cette stabilité de la condition salariale relève bien des conditions de l’emploi et de la fixation des salaires qui y sont liés, mais aussi à l’accès à une couverture sociale (santé, éducation, retraite, logement...), ces « revenus de transfert » complétant le salaire. Cette institutionnalisation des luttes économiques va de pair avec une segmentation du marché du travail, qui permet la surexploitation d'une fraction de la classe ouvrière (femmes, et surtout travailleurs immigrés).
Ce partage est la condition d'une consommation de masse ; il est le résultat à la fois de la quasi universalisation du salariat, des luttes sociales pour la hausse des salaires réels, et des exigences de rentabilité d'un système de production de masse.
L'essentiel de ce que l'on appelle parfois "société de consommation" réside donc dans un mode spécifique de détermination des besoins qui vise au conditionnement des "consommateurs". Ce mode de consommation est façonné, et "normé" selon les groupes sociaux à la fois par les stratégies commerciales des grandes firmes et par un type d'équipements et consommations collectives.
3. des formes particulières d'intervention de l'Etat : une régulation publique.
NB l’Etat est vu, non comme une machine extérieure au « marché », voire à la « société », mais comme un ensemble de compromis institutionnalisé. C’est à dire
- que l’on raisonne en dehors du cadre sclérosant de l’opposition Etat/marché, totalement inopérante quand on parle de capitalisme, qui est justement (cf Braudel) une alliance entre le prince et le marchand
- que l’on historicise la notion d’Etat : pas grand chose à voir entre un Etat censitaire qui doit arbitrer entre aristocratie foncière et bourgeoisie capitaliste et un Etat émanation du suffrage universel dont l’arbitrage concerne la société toute entière
- que l’on regarde avec circonspection l’opposition entre Etat et « société civile »
L'intervention de l'Etat a depuis la dépression des années trente une fonction de régulation intentionnelle de la croissance, notamment grâce à une politique conjoncturelle contra-cyclique inspirée des travaux de Keynes avec l'utilisation des dépenses publiques. Cette politique a été prolongée en France notamment par des politiques de plus longue durée, dont le symbole est la planification.
Cette action est complétée par des actions qui visent à accroître et régulariser la demande effective d'une part et à améliorer la rentabilité du capital privé d'autre part. Il semble intervenir comme arbitre entre la pression sociale menée par les syndicats de salariés et la nécessité de rentabilité du capital privé engagé dans la production de masse. Son rôle consiste en particulier à soutenir la consommation de masse (en fixant de salaires minima, en supervisant (en France) ou en organisant (en GB) un système d'assurances sociales...) et à socialiser une partie des coûts de l'expansion industrielle par l'investissement public.
4. gestion monétaire : régulation de la création monétaire.
NB lorsque le mécanisme de la création monétaire est volontairement limité, par exemple par un système de référence bi ou mono-métallique, la contrainte monétaire est forte : il est difficile de se procurer de l’argent autrement que par l’épargne. L’investissement (et donc la croissance économique) est donc limitée et dépend essentiellement du comportement des détenteurs de capitaux. On peut choisir au contraire de favoriser la croissance (et donc l’investissement) en fixant à un niveau faible la contrainte monétaire, en encourageant le crédit, rendant moins nécessaire une épargne préalable. Ce débat s’est formalisé dès le début du XIXème siècle entre currency principle (le risque d’une dévalorisation de la monnaie est le plus grave) et banking principle (le risque d’un limitation de l’activité faute de monnaie est le plus grave), il dure encore.
Avec la disparition du système de l’étalon-or (mis en place à la fin du XIXème, bouleversé par la première guerre mondiale, la tentative de le refonder après guerre à la conférence de Gênes en 1922 échoue du fait de la dépression des années 1930), la création monétaire (c’est à dire l’offre de crédit) est dégagée des contraintes de l'encaisse des Banques centrales en métal et en devises étrangères. Ce système avait permis une remarquable stabilité de long terme du niveau des prix, mais aussi la récurrence de crises financières et donc avait limité la croissance.
Désormais, l’offre de crédit est assurée par un réseau décentralisé de banques, ce qui permet de mieux répondre aux besoins des entreprises et des particuliers. Les conséquences sont très positives : la reconstruction est financée, le dynamisme et la régularité de l’investissement public et privé sont assurés, les taux de croissance sont stabilisés. L'inflation qui en résulte est acceptée par l'Etat et les partenaires sociaux, compte tenu de ses aspects bénéfiques, même s’il peut s’agir d’une illusion (par exemple, l’inflation permet de reprendre aux salariés une partie des hausses de salaires dont elle facilite l'octroi) ou d'une véritable fuite en avant (lors de la « crise » des années 1970, on perd la maîtrise du phénomène).
5. Insertion dans la DIT : régulation des échanges internationaux.
La période est marquée par un phénomène d'internationalisation du capital, dont le fait majeur est le développement de firmes multi puis trans-nationales. Le système mondial se trouve hiérarchisé autour de l'économie dominante, l'économie des Etats-Unis (qui a pu imposer au début de la période le système de Bretton Woods, le Plan Marshall et la reconstruction accélérée des économies allemande et japonaise), et structuré par des relations de domination et d'inégalité entre centres et périphéries.
Le commerce extérieur est marqué par l'accroissement relatif des échanges entre pays industriels développés qui disposent à la fois d'un marché intérieur caractérisé par une consommation de masse et d'excédents non consommés, fruits des économies d'échelle permises par le taylorisme. Entre 1948 et 1972, le commerce entre pays développés s'accroît plus vite que le commerce mondial (9% annuels contre 7%), et passe de 40,7% à 55,5% du commerce mondial.
Le système de Bretton Woods a ceci de particulier que tout en se fixant à terme la perspective d’une libéralisation totale des échanges, il organise une série de négociations multilatérales qui viennent réguler les échanges (commerce, monnaie, financements…) internationaux.
sources. Chapitre 18 du Nouveau Manuel de sciences économiques et sociales (Terminale) Combemale et Piriou 1ère éd La Découverte, 1995. Théorie de la Régulation. L’état des savoirs. R.Boyer et Y.Saillard éd La Découverte, 1995.