Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le blog de la formation initiale en histoire et géographie. Professeurs de collège et lycée.

Publicité

histoire des techniques


Autre tableau synthétique, un tableau de l'histoire des techniques

Commentaire du tableau
Comprendre : le tableau s’inspire de la muséographie du musée des arts et métiers fondé en 1794, et rénové en 2000. Il distingue 7 domaines : instruments scientifiques, matériaux, construction, communication, énergie, mécanique, transports, et trois périodes : avant 1750, 1750-1850, 1850-1950.

Analyser : on peut privilégier une lecture horizontale, et ainsi adopter le schéma de deux révolutions industrielles, la première de 1750 à 1850, la seconde de 1850 à 1950, et donc la succession de trois systèmes techniques. On peut privilégier une lecture verticale, et souligner que chaque domaine a une évolution propre

Déduire : toute synthèse de l’histoire technique fondée sur les dates d’invention (toujours discutables, malgré le système des brevets) doit choisir entre deux versions : soit isoler des « systèmes techniques » relativement cohérents qui se succèdent dans le temps, soit concevoir un processus plus complexe, plus diffus qui fait de chaque état des techniques une combinaison de systèmes techniques différents.


LA NOTION DE "SYSTEME TECHNIQUE"

« Au XIX se succèdent trois systèmes techniques : « classique » (bois, énergie hydraulique), « moderne » (énergie minérale solide, chemin de fer), « contemporain » (chimie organique, moteur à explosion, électricité). Chaque système technique est en perpétuel déséquilibre, favorisant ainsi un processus de changement sans rupture : les besoins nés du mauvais fonctionnement font apparaître les techniques qui domineront son successeur » (D.Barjot)
l’usage a consacré l’emploi du terme de « révolution industrielle » et a identifié à des machines ces moments de rupture historique, ainsi le chemin de fer ou l’automobile. Les années 1880 verraient donc l’épanouissement d’une « seconde révolution industrielle ». L’expression a-t-elle un sens dans l’histoire des techniques ?

1/ la distinction de deux systèmes techniques

B.Gille « en règle très générale, toutes les techniques sont à des degrés divers, dépendantes les unes des autres, et il faut nécessairement entre elles une certaine cohérence : cet ensemble de cohérences aux différents niveaux de toutes les structures, de tous les ensembles et de toutes les filières compose ce qu’on peut appeler un  système technique » in Histoire des techniques Paris, la pléiade 1978

    Système technique de la première révolution industrielle

comprendre : le schéma proposé établit des relations entre des secteurs, des procédés (l’exhaure consiste à pomper l’eau des puits de mine), des machines, des produits pour illustrer la notion de système technique fondée sur l’interdépendance des techniques

analyser : ce système technique date pour l’essentiel de la fin du XVIIIème siècle, il se caractérise par de nouvelles formes de production d’énergie (machine à vapeur utilisant le charbon) ; la mise au point de machines mécaniques complexes pour le travail du textile, du métal (machines outils), pour les transports ; le développement de la sidérurgie (production de fer, de fonte et d’acier). D’autres histoires des techniques y ajoutent le secteur des automates et automatismes, dont le métier Jacquart (1801) fonctionnant avec des cartes perforées est l’illustration, et l’apparition d’une chimie scientifique dont un des résultats est le procédé Leblanc (1780) qui permet d’obtenir de la soude.

déduire
Ce système technique est à la base d’une révolution industrielle qui jusqu’aux années 1870 est venue modifier les secteurs traditionnels comme le textile (mécanisation), et la métallurgie (progressive domination de l’acier) et développer des secteurs nouveaux, principalement le secteur des transports (chemin de fer en premier lieu)

    Système technique de la deuxième révolution industrielle

comprendre : le schéma proposé établit des relations entre des secteurs (rectangles), de nouvelles sources d'énergie (ellipses) , et des produits, toujours pour illustrer la notion de système technique fondée sur l’interdépendance des techniques.

analyser : sur le modèle du précédents schéma, ce nouveau système technique se caractérise par la diversification des sources d’énergie, le développement de la chimie, la maîtrise de l’électricité, nouvelle forme d’utilisation de l’énergie, trois éléments qui modifient en profondeur la production d’énergie primaire (charbon puis pétrole), la sidérurgie et la métallurgie (aluminium), les machines-outils, et les transports. Les produits mentionnés sont en lien avec le processus d'urbanisation, l'amélioration des niveaux de vie, et l'émergence d'une société de masse, surtout si l'on y ajoute la médecine(1885 pasteur, vaccins contre la rage, rayons X de Röntgen en 1895, Calmette et Guerin BCG 1908-1921), l'alimentation (appertisation, froid), la communication et les loisirs (cinéma 1895)

Déduire : ce nouveau système technique est à la base d’une seconde révolution industrielle dont le développement produira ses pleins effets jusqu’à la décennie 1970.
NB l'évolution des moteurs traditionnels (moteur à vapeur et turbine hydraulique) va dans plusieurs sens : pour le moteur à vapeur, l'accroissement de la puissance par augmentation de la pression (limite atteinte vers 1900 16 atmosphères, jusqu’en 1930), la diminution de la consommation (par cheval-vapeur/heure : Watt 2 à 3 kg, 1870 1 kg, 1914 : 750 g)
Puis, la mise au point de la turbine à vapeur, et surtout avec l'apparition de nouveaux moteurs : à combustion interne (moteur Lenoir à gaz d’éclairage en 1860, à essence 1880, au diesel 1897), et le moteur électrique signifie l'extraordinaire délocalisation possible de l'activité industrielle (et donc la multiplication des entreprises petites et moyennes, venant contrarier le mouvement général de concentration), sous condition de la construction de réseaux gigantesques d'approvisionnement en énergie dont les symboles sont la prise de courant, en attendant la pompe à essence.


2/ l’intérêt de cette démarche

souligner des périodes de très forte créativité scientifique et technique : fin XVIIIème, fin XIXème, qui coincident avec l’histoire économique (l’apparition de secteurs moteurs), l’histoire sociale (nouvelles questions posées, par exemple la question ouvrière) et l’histoire culturelle (question du progrès et du scientisme).

Construire une périodisation de l’histoire économique, sur le modèle de Schumpeter, et plus généralement la théorie des cycles, en acceptant ses hypothèses : le développement des innovations comme moyen de sortir d’une période de dépression économique, la nécessité d’une concentration des entreprises pour faciliter la dynamique de la recherche et de l’innovation
contexte macroéconomique Schumpeter parle de « grappes d’innovation » dans le contexte de la dépression de 1873 qui s’expliqueraient par la recherche de nouvelles occasions de profit.
A une échelle plus fine, le concept de système technique permet de distinguer 3 moments : l’émergence de techniques nouvelles d’abord, leur mise en cohérence ensuite, puis leur diffusion géographique et leur approfondissement.

Insister sur les dynamiques à l’intérieur d’un même secteur :
Exemple du textile
Fabrication textile : quatre étapes principales.
1) une phase de préparation au cours de laquelle on trie, on nettoie, on démêle la matière première pour que les fibres s’alignent côte à côte.
2) seconde étape le  filage qui consiste à étirer et tordre les fibres molles pour en faire un filé.
3) Le tissage où l’on étend une certaine quantité de filé dans le sens de la longueur (la chaine) et une autre quantité de filé (la trame) dans le sens transversal  en le faisant passer en dessous et au dessus des lignes longitudinales
4) L’apprêtage qui varie selon la nature du drap mais qui peut comprendre le foulage ou empesage, le nettoyage, le tondage, la teinture et l’impression ou le blanchiment.
Chaque innovation dans l’un de ces domaines nécessite des inventions à l’amont ou à l’aval, pour éviter par exemple que des capacités accrues de tissage butent sur un manque de fils ou un apprêtage trop long ou trop cher.
Exemple du chemin de fer : années 1850 situation de sous-emploi des installations, années 1860 situation de saturation qui débouche sur la mise au point de nouveaux procédés d’exploitation (rails en acier, boggie, locomotive compound, signalisation électrique), années 1880-1890 à nouveau situation de sous-emploi des installations.

Insister sur la façon dont les sous-produits créés par un nouveau procédé de fabrication peuvent être employés. Ainsi le procédé Leblanc pour produire la soude (mélange de sel et d’acide sulfurique) nécessaire en grande quantité, notamment pour l’industrie du verre a pour inconvénient de produire de l’acide chlorhydrique. Le chimiste Berthollet (1748-1822) établit les vertus décolorantes du chlore. L’usine de Javel (1785) a donné son nom à l’eau de javel, utilisée pour le blanchiment des étoffes. Autre exemple, le laitier phosphoreux, résidu de l’acier produit dans le convertisseur Bessemer/Thomas (1855) est employé comme engrais. Autre exemple, la volonté de valoriser les sous-produits : les dérivés de la production de gaz d’éclairage sont utilisés pour imperméabiliser les tissus

Insister sur les effets d’entraînement entre différents secteurs : la façon dont les techniques nouvelles ont des effets d’entraînement sur l’ensemble de l’économie. L’exemple des chemin de fer est éclatant, celui de l’automobile ne l’est pas moins. Le rapide développement de l’automobile (en France, la production passe de 2000 en 1900 à 45000 en 1913, aux Etats-Unis, de 10000 en 1908 à 200000 en 1913) eut des conséquences sur d’autres secteurs. Le secteur pétrolier d’abord, qui dut à la fois définir un produit en augmentant la part d’essence obtenue par distillation du pétrole brut et lui faisant supporter des compressions de plus en plus élevées, et fournir ce produit en quantité croissante. Le secteur sidérurgique dut s’orienter vers la fabrication de produits plats (tôles) pour les carrosseries et donc perfectionner les laminoirs. L’industrie du matériel électrique dut fournir bougies d’allumage, accumulateurs (« batteries »), système d’éclairage et de signalisation. Une industrie du caoutchouc apparut après l’adaptation à l’automobile par Michelin (pneumatique démontable en 1891) du pneumatique mis au point par Dunlop pour le vélocipède en 1888.


 
3/ une vision à nuancer

La notion de système technique ne porte peut-être pas suffisamment d’attention au déroulement du processus : avancées, reculs, impasses… « l’avancée du changement technique est par essence chaotique : une percée réalisée le long d’une filière peut être à l’origine d’une inadaptation durable de plusieurs autres filières » (F.Caron)
Si l’on admet que le système technique de la Première Révolution industrielle consiste en une valorisation du charbon, de la vapeur, de la fonte, du chemin de fer, des machines, il faut quand même souligner que chacun de  ces différents éléments suscite des débats, notamment en France dans les années 1830. Ces débats ne sont pas fondés tant s’en faut sur la crainte de l’innovation, de la modernité, sur l’irrationnel en un mot, mais sur des considérations qui relèvent bien d’un raisonnement économique en termes de coûts relatifs, et d’un raisonnement technique valorisant des techniques alternatives. L’emploi du charbon de bois de préférence au coke s’explique par des raisons de disponibilité et le coût. Le développement de la roue hydraulique comme alternative à la machine à vapeur s’explique par la rareté du combustible et donne naissance à la technique de la turbine (roue horizontale et non plus verticale) (Fourneyron 1823). Le chemin de fer entre en concurrence avec d’autres modes de transport, la mécanisation n’est pas forcément une alternative rationnelle au « travail à bras »
Plus tard, la concurrence entre moteurs électriques, à gaz et à vapeur ne tourne que lentement en faveur des premiers, car ils nécessitent la construction de réseaux nouveaux et donc des investissements considérables.

Le degré de cohérence d’un système technique se situe, selon les différents auteurs, à des moments différents. Pour la première révolution industrielle, 1800, 1815 ou 1840 ? C’est surtout le problème de la succession des systèmes techniques qui se pose. Tout nouveau système technique est provoque à la fois l’approfondissement de techniques anciennes, la disparition de techniques devenues obsolètes, l’apparition de techniques totalement nouvelles. Il serait donc hasardeux de conclure à la disparition d’un système technique antérieur. Il aurait semblé hasardeux de parier sur le déclin du charbon à la veille de la Guerre de 1914. La production ne fait que croître jusqu’à un total de 1200 millions de tonnes en 1913, représentant les 3/4 de la consommation d’énergie (2/3 en 1870). La croissance de cette production se fait sur un rythme annuel bien supérieur à celui de la production industrielle (entre 1897 et 1913 +4,8% contre +1,72%). Il s’agit d’un secteur où, malgré des progrès, la productivité reste faible, puisque la part de l’abattage mécanique reste très faible en 1913 10% en Belgique, 8% au RU, 5% dans la Ruhr, 2% dans les mines du Nord de la France pour 50% aux Etats-Unis. Les accidents sont fréquents : en 1913, les statistiques concernant les 188000 mineurs au total sont effrayantes : 3056 accidents et 13 tués pour 10000 mineurs de fond. Aux usages traditionnels du charbon à la fois pour produire de la vapeur, chauffer, et servir de matière première transformée par l’industrie viennent s’ajouter de nouveaux marchés pour la production d’électricité, ou l’industrie chimique qui transforme les sous-produits de la cokéfaction du charbon. Et pourtant, nous savons que le développement de l’hydroélectricité et surtout du moteur à explosion sont une concurrence redoutable.


conclusion : le progrès technique, l’invention, l’innovation… deviennent indiscutablement des dimensions fondamentales de la croissance, à tel point que l’on en vient à créer un néologisme, la « technologie ». Cependant, l’histoire des techniques à elle seule ne permet pas de donner des éléments de réponse clairs aux questions posées : quelles sont les causes de l’invention ? Y a-t-il des « révolutions techniques » qui se succèdent ? Il est donc difficile d’établir des rapports de cause à effet entre « révolution technique » et « croissance économique ». Néanmoins, il faut insister sur la véritable mystique à laquelle le développement des techniques donne naissance, dans un monde désormais marqué par la vitesse.
1909, manifeste du futurisme de Filippo Marinetti «  la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive est plus belle que la victoire de Samothrace »

Records de vitesse (km/h) origine
1913
     
Train 100 en 1835 205
Auto 
16 en 1885 226
Avion 48 en 1903
204
Paquebot 
16 en 1840 47

Annexe : Fer, fonte,acier

Le fer est un élément simple qui est toujours inclus dans un minerai dont il faut l’extraire et qui à l’état solide revêt une structure cristalline
La fonte est un fer carburé, c’est à dire comprenant des atomes de carbone dans une proportion de 2 à 4%. Cette proportion rend le métal à la fois dur mais cassant. La fonte nécessite une température de 1200°
L’acier est un fer qui comprend beaucoup moins de carbone, dans une proportion de 0,1 à 1,5 %. Cette proportion rend le métal bien plus dur, et bien moins cassant. L’acier nécessite une température de 1600°

L’usine sidérurgique moderne qui prend forme au début du XIXème siècle comporte trois éléments : le haut fourneau, une unité d’affinage, un laminoir. Elle nécessite du minerai, du combustible, et une source d’énergie pour animer l’ensemble (hydraulique ou machin,e à vapeur)
Le haut fourneau, apparu dès le moyen âge est un dispositif qui permet par chauffage du minerai à la fois la fusion (séparer le métal du minerai), et la réduction (désoxyder le fer  grâce au carbone du combustible). Le résultat obtenu est de la fonte (fer + carbone), mais qui contient encore trop de carbone. L’affinage est la seconde opération nécessaire pour éliminer le carbone excédentaire.

Deux innovations capitales sont à la base de la sidérurgie moderne
L’usage du coke comme combustible, de préférence au charbon de bois. Le procédé est introduit et perfectionné par la famille Darby à partir de 1709. Le premier foruneau à coke est allumé en France au Creusot en 1785
Le puddlage inventé par Cork en 1787 est un procédé utilisant un four à réverbère qui permet de mieux affiner le fer. Le laminoir, un appareil composé de deux cylindres tournant en sens invesrse dans laquel passe le métal à l’état encore pâteux et malléable permet ensuite d’éliminer les scories subsistant et de donner une première forme au produit (produit long ou barres, produits plats ou tôles)

L’âge de l’acier
Jusque vers 1850, l’acier est produit en petite quantité par le mélange dans un creuset de fonte et de fer
Le « procédé Thomas » ou conversion pneumatique. Le convertisseur Bessemer
Le convertisseur inventé par l’anglais Henri Bessemer en 1855 est une sorte de grosse cornue remplie d’un bain de fonte dans lequel on injecte un courant d’oxygène fortement chauffé. Cet intrusion de l’oxygène a pour effet d’élever la température de 1200° à 1600°, et surtout de brûler les impuretés indésirables : silicium, phosphore, carbone. L’opération dure de 15 à 20 minutes et nécessite un savoir-faire très précis. L’inconvénient de ce convertisseur réside dans l’impossibilité d’éliminer totalement le phosphore qui fragilise l’acier
En 1878, deux cousins anglais Thomas et Gilchrist ont pu résoudre cet inconvénient en changeant les matériaux utilisés pour fabriquer le convertisseur. Dans ce nouvel appareil, le phosphore se trouve fixé dans un laitier surnageant au-dessus du bain d’acier. Ce laitier est ensuite commercialisé comme engrais. Ce procédé permet de valoriser le minerai lorrain à forte teneur en phosphore (minette).

Le procédé Martin (pour les français) Siemens (pour les Allemands) ou Siemens-Martin
Le four Martin

PE Martin, un maître de forge français inventa en 1865 un autre moyen pour produire de l’acier en grande quantité à bon marché. L’utilisation pour la sidérurgie d’un four mis au point par les frères Siemens pour l’industrie du verre. Ce four permettait d’atteindre et de maintenir longtemps (jusqu’à 12 heures) une température de 1600° et ainsi de liquéfier parfaitement la masse de métal qui peut être composée d’un mélange de fonte, de fer et de ferrailles de récupération.
Acier peut s’adapter à des usages très variés selon teneur en carbone, traitement thermique, par alliage avec d’autres métaux.
Pays anglo-saxons où minerai pas ou peu phosphoreux utilisent four martin, europe continentale utilisent convertisseur Bessemer.


INVENTION & INNOVATION


Le développement extraordinaire des techniques de production et de transport, le sentiment que la révolution industrielle était la fille de la machine ont porté l’attention des historiens sur ce domaine des inventions et de l’innovation.
Mais la question des liens entre les inventions et la croissance économique est complexe : les inventions sont-elles à l’origine de la croissance économique, ou bien la croissance économique génère-t-elle des inventions ? Pour répondre à cette question, il faut distinguer deux domaines, celui de l’invention et celui de l’innovation.

1/ Aux origines de l’invention

A/ la science ? le savant
L’historiographie contemporaine a remis en cause la notion de « scientific push » c’est à dire l’idée que les inventions ne seraient que l’application de découvertes scientifiques préalables. Cependant, il convient de remarquer que les notions de pression atmosphérique et de vide, découvertes capitales de la science du XVIIème siècle ont été nécessaires pour la mise au point de la machine à vapeur. La chimie scientifique qui se développe au XVIIIéme siècle est fondée sur la détermination d’éléments fondamentaux comme le chlore, l’oxygène ou l’hydrogène réalisée par des scientifiques. Enfin, les liens entre recherche pure et recherche appliquée, pour n’être pas univoques restent décisifs.

B/ un génie ? le personnage de l’inventeur
L’invention résulte de l’inspiration d’un génie. L’individu joue donc un rôle capital dont la curiosité et l’intuition se conjuguent parfois avec des événements fortuits fournissant l’étincelle nécessaire
vision héroïque exemple Denis Papin, inventeur en 1680 d’une machine à vapeur, en 1687 d’une machine à vapeur à piston (vraisemblablement non réalisée), en 1707 d’un bateau à vapeur muni de roues à aube. Et pourtant, l’histoire retient James Watt comme l’inventeur de la machine à vapeur en 1776.
L’histoire des techniques aurait une logique interne, distincte de l’histoire des besoins sociaux. Cette vision héroïque propice aux légendes, à l’hagiographie, au chauvinisme. Ainsi les différentes histoires nationales ne retiennent-elles pas les mêmes dates, ni les mêmes hommes pour les mêmes inventions. Cependant, il est certain que la dimension individuelle de l’invention est fondamentale,  Thomas Edison étant le prototype de l’inventeur.

C/ un problème à résoudre ? L’ingénieur.
plusieurs inventeurs au même moment
mécanique des goulots d’étranglement.

arrêt de courants commerciaux ex sucre de betterave 1801 pour faire face à interruption des importations de sucre de canne

manque de matières premières, ex : substitution lente de la houille au charbon de bois en France L’usage du charbon de bois n’est donc pas forcément une désolante survivance en 1815 Nicolas Rambourg répondait en ces termes aux critiques : « les personnes qui proposent si aisément la substitution du charbon minéral au charbon végétal paraissent ne pas se douter que cela entraîne à changer presque tout dans les fourneaux, les affineries, les mécaniques, les ateliers qu’il faut être placé près des houillères donnant le charbon convenable avoir le minerai à portée du combustible et former des ouvriers, à ce genre de nouveau travail. Plutôt que de s’obstiner à produire une fonte médiocre avec un combustible que l’on maîtrisait mal mieux valait concentrer l’innovation sur un autre maillon, l’affinage de la houille. »
Sur le réseau ferré français, l’accroissement de la puissance et de la vitesse des locomotives met à mal la résistance des matériaux utilisés pour les essieux, les rails, le bandage des roues ; pose le problème du freinage et de la gestion du trafic en toute sécurité. Ces problèmes apparaissent avec une particulière acuité lors des catastrophes ferroviaires meurtrières dans les années 1860
Puissance des locomotives progresse encore dans les années 1880 avec le procédé compound qui augmente la puissance en limitant la consommation. Le nouveau système ferroviaire mis au point en une vingtaine d’années (1875-1895) résout ces problèmes avec la multiplication du nombre d’essieux des locomotives, la fourniture de rails en acier, le freinage à air comprimé Westinghouse en 1872, la commande électrique des aiguillages fin années 1890, la mise au point du block system entièrement automatique grâce à la signalisation électrique (espacement des trains en fonction de la distance et non plus du temps).

Inversement, la perfection du rivetage dans la construction mécanique, dont témoigne la tour Eiffel en 1889, peut retarder des inventions dans le domaine de la soudure.

D/ une synthèse des connaissances accumulées ? le laboratoire.
Les inventeurs déjà engagés dans techniques dans lesquelles ils travaillent, ils sont à même de connaître les besoins en techniques nouvelles et les moyens pour y parvenir. Pour opérer cette synthèse, le niveau d’éducation des inventeurs s’élève progressivement. L’inventeur est nécessairement en liaison avec d’autres milieux
Il y a eu dans de nombreux secteurs industriels des « laboratoires d’essais », mais A partir des années 1870, se développent de grands laboratoires industriels, notamment en Allemagne et aux Etats-Unis, surtout dans les secteurs de la chimie et de l’électrotechnique. On peut définir ce nouveau type de recherche par 4 traits principaux :
Institutionnalisée : les laboratoires de recherche font désormais partie intégrante de l’organigramme de l’entreprise
Programmée voire planifiée, ce qui signifie que les laboratoires ont une obligation de résultats
Massifiée : les laboratoires bénéficient de moyens considérables en argent et en hommes
Globale :  mettre à profit les ressources de la science et de l’expérimentation pour créer des produits ou des procédés nouveaux
L’une des 3 grandes firmes chimiques allemandes (avec BASF et Höscht), Bayer  construit à grands frais (1,5 Millions de marks) un laboratoire confié à Carl Duisberg. Parmi ses réalisations les plus célèbres, la synthèse de l’indigo (teinture). Le principe, établi en 1880 nécessite 17 ans de recherches, le travail de dizaines de chercheurs, une dépense de près de 8 millions de marks avant sa mise en production.
Aux Etats-Unis, on compte 112 laboratoires industriels en 1899, 665 en 1918, essentiellement dans la chimie (Chemical department de Du Pont en 1911, Eastman Kodak en 1912), la sidérurgie, et l’electrotechnique. Dans ce dernier domaine, l’exemple de la General Electric est célèbre. Fondée en 1892 par la fusion de Edison et de Thomson-Houston, la firme souffre d’une concurrence intense depuis le passage des brevets d’Edison dans le domaine public en 1894, et un choix technique (courant continu) moins intéressant que celui de la firme Westinghouse (courant alternatif). La réaction est en 1900 la création d’u laboratoire recrutant des chercheurs de très haut niveau à qui on laisse carte blanche. I.Langmuir (prix nobel 1930), embauché en 1909 met au point la lampe à filament de tungstène. Le résultat est impressionnant : 25% du marché en 1911, 71% en 1914, et jusqu’aux 2/3 des profits de la firme (selon les années) jusqu’en 1940.

La recherche a historiquement tendance à devenir de plus en plus intégrée à la logique même de l’entreprise, notamment avec l’apparition de la grande entreprise moderne au moment de la seconde révolution industrielle. Cependant, aucun type d’inventeur ne disparaît tout à fait, ni le savant préoccupé de recherche appliquée, ni l’autodidacte ingénieux, ni bien sûr l’ingénieur. Si une histoire des inventeurs n’est donc pas d’un grand secours, en revanche la dynamique de l’innovation apparaît fondamentale dans la croissance économique.

2/ la dynamique de l’innovation

A/ l’innovation est donc un processus complexe qui se caractérise par la rencontre de techniques nouvelles et du marché, la rencontre entre des inventeurs, savants et ingénieurs et des entrepreneurs, sans oublier l’Etat dont les armées sont de grandes consommatrices d’innovations techniques, et qui a la capacité d’orienter la recherche dans des directions particulières, soit directement (commandes publiques), soit indirectement (dépenses d’éducation, établissement de normes techniques…).
Une liaison permanente et dynamique
entre acteurs de l’invention et de l’innovation,
entre science et technique, d’où le néologisme de « technologie » qui désigne la double liaison entre science et technique
entre recherche fondamentale, recherche appliquée, production de prototypes, mise en production, promotion et commercialisation

B/ un processus économique. Les innovations ont des conséquences sur les coûts de production, de transport et de transmission de l’information. Elles ont également un impact certain sur l’organisation des firmes, sur les institutions économiques, et même la géographie économique. C’est ainsi que s’épanouit dans les premières années du XXème siècle dans la définition d’un « système américain ». Ce système est fondé sur trois éléments fondamentaux : grâce à la normalisation, à la standardisation se développe l’interchangeabilité des pièces ; des machines outils spécialisées sont mises au point ; la production en continu est possible. La mise en cohérence de ces différents éléments impose d’une part un contrôle rigoureux des opérations de production, un processus de rationalisation, et d’autre part une intégration poussée de toutes les fonctions au sein d’une même entreprise.

C/ un processus social. Le développement de l’innovation a de profondes répercussions sur l’ensemble de la société.
Elle provoque en longue période (avec d’infinies nuances dans les rythmes et dans les domaines concernés) une amélioration des conditions de travail et des niveaux de vie.
Elle demande un développement des connaissances, des qualifications et de l’éducation professionnalisée avec l’enseignement scientifique dans le cadre des Universités, l’enseignement technologique dans le cadre des instituts
Elle suscite des réactions contrastées à l’échelle des entreprises et de la société, entre le refus, la méfiance et l’adhésion enthousiaste. Ainsi, le développement des innovations majeures est inséparable d’une conviction assez largement partagée que s’ouvre une nouvelle époque. C’est ainsi que l’engouement provoque des crises de surinvestissement en regard des bénéfices réalisés du moins à court terme, et donne naissance à des crises de spéculation.
Qui compose les milieux innovateurs ? le monde professionnel d'abord : les artisans et ouvriers / le monde de la recherche progressivement institutionnalisé, ainsi en témoigne les figures du savant (Louis Pasteur) et de l’inventeur (Thomas Edison) / les entreprises : modèle entrepreneurial, avec une adaptation permanente aux attentes du marché d’une invention originale. Figure de l’ingénieur puis modèle de la grande entreprise qui s’approprie de façon raisonnée les connaissances scientifiques et techniques. Principe du laboratoire de recherche intégré
Les consommateurs aussi : la demande militaire en temps de paix, en temps de guerre (Ex du blindage) et les commandes civiles / pour les industries de consommation, rôle pionnier d’une catégorie de consommateurs disposant de hauts revenus et ayant le goût de l’expérimentation. Grâce au perfectionnement des procédés pour répondre à leurs attentes, on peut élargir la clientèle. Ex de l’automobile au début jouet pour millionnaires

conclusion :
La place de l’inventeur dans l’invention et l’innovation est donc difficile à déterminer, entre une vision héroïque misant sur le génie et une vision mécaniste dans laquelle l’individu n’est qu’un instrument d’un processus historique inévitable. Quoi qu’il en soit deux certitudes : l’inventeur est de moins en moins seul, de plus en plus à l’intérieur d’un laboratoire de recherche appliquée ou non ; le délai entre invention et innovation se réduit : il y a des séances publiques de cinématographe dans les capitales du monde dix-huit mois seulement après l’invention du cinématographe par les frères Lumière.
Une « société technicienne » se développe au sein de la société globale qui « repose sur l’individualisme entrepreneurial, l’affirmation de l’ identité et du pouvoir des ingénieurs, la professionnalisation et la hiérarchisation du monde des ouvriers et des employés, en fonction d’un système original de formation » (F.Caron)

Quelques éléments d'un lexique de l'histoire technique :

Brevet

Le système des brevets est né empiriquement au RU, comme une alternative au monopole, au secret de fabrication et de recherche qui entraîne donc l’espionnage industriel. L’autorisation de l’exportation de machines britanniques en 1825 marquant une étape capitale dans le processus.
Le brevet est un droit et non un privilège dépendant du bon vouloir des autorités, d’un monopole accordé à une corporation ou une entreprise. Sous réserve qu’il s’agisse d’une véritable nouveauté, il confère un monopole d’utilisation à l’inventeur (qui est tenu de l’exploiter), mais pour une durée limitée. La description de l’invention, obligatoire à partir de 1850, de façon telle que l’on puisse l’exploiter est publique, donc une source d’information technique.
Le Royaume-Uni abroge en 1724 le « statute of monopolies » de 1623.
Les Etats-Unis accordent dès 1790 le droit d’exploiter une invention, droit subordonné à une enquête d’antériorité préalable.
La France reconnaît en 1791 la notion de brevet d’invention, puis le précise par la loi de 1844.
En Allemagne, la législation sur les brevets de 1877 est très favorable à son détenteur.

L’institution du brevet tente de résoudre des exigences en partie contradictoires : encourager l’invention, compenser les frais engagés par l’inventeur, protéger l’invention du plagiat, et reconnaître que l’invention a une utilité pour toute la société.
La législation sur les brevets a incontestablement favorisé certaines inventions et leur large diffusion. Ainsi la machine à vapeur, même si jusqu’en 1800, le brevet de Watt bloque l’invention de la machine à haute pression ou le téléphone… en revanche, elle a pu susciter des batailles juridiques stériles, par exemple dans le cas du moteur à explosion

Recherche fondamentale : ensemble des travaux théoriques ou expérimentaux entrepris dans le but d’acquérir de nouvelles connaissances sur les origines de phénomènes ou de faits observables, sans viser une application particulière

Recherche appliquée : a pour objet l’acquisition de connaissances nouvelles, axée sur des objectifs pratiques

Développement expérimental : travail systématique, fondé sur des connaissances acquises par la recherche ou l’expérience pratique visant à mettre au point des matériaux, produits ou appareils nouveaux, mettre en place de nouveaux procédés, systèmes ou services ou à perfectionner ceux qui existent déjà
    Développement simple fait appel surtout à l’imagination, à l’inventivité, à l’ingéniosité individuelle, à la longue expérience d’un métier ou d’une profession
    Développement technologique : mise au point plus technique, faisant appel plus systématiquement aux calculs, à l’expérimentation, aux essais
    Développement scientifique repose sur l’application de connaissances scientifiques

Processus de progrès technique distingue :
invention, découverte de principes scientifiques ignorés jusque là
innovation, application de ces principes dans des systèmes et produits nouveaux répondant à la demande de la société
industrialisation, mise en production industrielle, en série, de ces systèmes et produits
internationalisation diffusion de ces nouveaux systèmes et produits à travers le monde






Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article