Il y a quelques années, j'ai élaboré des documents pour mes élèves de prépa-hec dont un
tableau de l'histoire des entreprises Comprendre Je suis parti de la définition de l'entreprise donnée par Patrick Verley dans son remarquable
Entreprises et entrepreneurs du XVIIIe au début du XXe, Hachette carré histoire, 1994 (les dix-neuvièmistes ont cette particularité de croire que le monde s'arrête peu après les années 1880...)
L'entreprise moderne se caractérise par la combinaison de 5 fonctions :
• Organiser la production (le monde des ingénieurs)
• Maîtriser les techniques (le monde des techniciens et des savants)
• Percevoir l'évolution des marchés (le monde des « commerciaux »)
• Diriger la main d'œuvre (le monde des contremaîtres)
• Financer l’activité courante et l’investissement (le monde des financiers)
Ensuite, 3 périodes ont été distinguées :
- pré ou proto-industrialisation (ce dernier terme, employé par un historien néerlandais F.Mendels ayant fait l'objet de nombreux débats, liés à la conception marxiste de l'accumulation primitive du capital, considéré comme un rapport social lié à l'extorsion de la plus-value ou sur-valeur)
- "première révolution industrielle" 1750-1880
- "deuxième révolution industrielle" 1880-1950
NB en matière d'histoire des entreprises, cela signifie un modèle d'entreprise pas forcément dominant, mais plus "moderne".
L’histoire des entreprises montre la juxtaposition de types très différents d’entreprises. On peut les classer par branches, par secteurs, ou par taille
Critères de distinction petite/grande entreprise, artisanat/industrie difficiles à établir (capital, chiffre d’affaire, matériel, nombre de salariés), ce dernier critère le seul qui permette des comparaisons, compte tenu de la faiblesse de connaissance des autres indicateurs
Des « PME », définition de Léon Gingembre en 1945, président de la CGPME
« sont petites et moyennes entreprises, toutes celles qui quelque soit leur forme juridique, s’identifient à un individu ou à une famille, dont le ou les patrons travaillent avec leur capital personnel ou ceux de leurs amis, vivent des résultats qu’ils obtiennent par leur travail, exercent une influence directe et détaillée sur le fonctionnement général de leur affaire et ont des contacts permanents avec l’ensemble de leur personnel » PA Dessaux, in créateurs… p.576
Des « grandes entreprises » nées véritablement dans la troisième période
Ce sont des organisations complexes caractérisée par le perfectionnement et l’intégration poussée des différentes fonctions ; un marché oligopolistique (pouvoir sur le marché et concentration, position inexpugnable, dressant des barrières à l'entrée sur le marché de nouveaux concurrents) ; une gestion par des managers salariés qui ne font plus systématiquement partie de la famille des fondateurs ou des propriétaires ; l’organisation d’une production de masse (Recherche/développement et accès au marché financier) pour une consommation de masse. Analyser Corrélation statistique entre créations d’entreprises et croissance économique et investissement. « Les phases d’essor économique ont été supportées par un important mouvement de création d’entreprises et celles de ralentissement par un repli de la dynamique entrepreneuriale » M.Lescure
Mais aucune forme d’entreprise ne disparaît totalement : un tissu très vivace de PME, d'entreprises individuelles (artisanat) et d'entreprises familiales, se maintient et des développe. Des formes anciennes sont ravivées, comme le sweating system dans le textile, l'habillement, la cordonnerie...
Déduire Plus qu'au triomphe de l'usine et de la grande entreprise, la "seconde révolution industrielle" nous fait assister à un double processus de spécialisation et de complexification des différentes fonctions de l'entreprise ainsi qu'à une impressionnante densification du tissu des entreprises et de leur variété
Annexe : vocabulaire utile pour cette question
concentration : processus naturel inévitable, donc nécessaire au développement du capitalisme, à la fois géographique, technique (concentration horizontale ou verticale) et financier (monopoles en France, Trusts dans les pays anglo-saxons, Konzernen en Allemagne, Zaibatsus au Japon...). Les facteurs de la concentration sont liés
- à l’exigence de rentabilité : réunir des moyens de production plus puissants pour permettre une production de masse, diminuer le prix d’achat des intrants par achats en grande quantité, abaissement des frais généraux, diminution des effectifs employés…
- aux progrès techniques qui imposent la réunion d’une quantité croissante de capitaux
- à la croissance de la taille des marchés quantitative (nombre de consommateurs) et qualitative (hausse des niveaux de vie)
- à la libre concurrence qui entraîne une baisse des prix, donc des profits, à laquelle il faut résister. Objectif = éliminer les concurrents pour avoir la maîtrise des marchés et des prix
- à la distribution de crédit par les banques
- aux crises économiques
- à l’ouverture douanière...
concentration horizontale : regroupement dans la même entreprise ou le même établissement d’activités de même nature. Objectif = monopole à un stade de la production
concentration financière : réunion entre les mains d’un même groupe financier de diverses sociétés autrefois indépendantes
Trust : convention juridique permettant à une personne, le trustee, d’agir comme si elle était propriétaire d’actions. Le trustee reçoit de l’actionnaire les pouvoirs de gestion et l’actionnaire conserve les droits aux dividendes. ex : 1882 Standard oil regroupe 39 sociétés pétrolières dont les actions sont remises à 9 trustees, dont John D Rockfeller
Holding : société dont le capital est composé par des actions d’autres sociétés subordonnées. 1899 Standard Oil New Jersey, après dissolution de Standard Oil
intégration ou concentration verticale : objectif = contrôle de tous les stades de la production, et parfois de la vente. regroupement dans la même entreprise ou le même établissement par extension des activités ou absorption d’autres unités économiques de processus techniques complémentaires. Ainsi une entreprise sidérurgique peut intégrer vers l’amont en exploitant elle-même des mines de houille ou de fer afin de contrôler ses approvisionnements en matières premières, ou intégrer vers l’aval, en fabriquant des machines.
cartel : entente entre entreprises, dans laquelle chaque entreprise garde son individualité. Le cartel cherche à éviter la concurrence au niveau de la vente des produits. Cette dernière se réalise soit au travers d’un bureau de vente commun, soit par un accord précis de partage du marché. Comme la répartition des marchés ne s’effectue plus par la concurrence, les ventes sont réparties entre les membres du cartel en fonction de quotas de production préétablis, qui tendent à pérenniser les rapports de force entre les entreprises et donc à consacrer la domination des plus grosses. Exemples allemands les plus significatifs 1893 Rheinish-Westfälisches Kohlensyndicat = 64 sociétés et 53% de la production nationale de charbon ; 1904 Stahlwerksverband = 75 % de la production d’acier. En France Union des Inustries Métallurgiques et Minières créée en 1910
entente : forme de concentration lâche, qui peut être une simple entente tacite entre entreprises pour ne pas se faire concurrence par les prix, pour se répartir la clientèle...
oligopole : forme de concurrence imparfaite par laquelle quelques entreprises se partagent le marché et son chacune assez importantes pour qu’une variation de leur offre de marchandises modifie les conditions du marché, et en particulier les prix. Chaque entreprise doit tenir compte des décisions des autres.
Logiques de gestion de l’entreprise
cycle de vie d’un produit : différentes phases que traverse successivement un produit depuis son invention, des débuts de sa production industrielle sur une échelle limitée jusqu’à sa diffusion à grande échelle, qui finit par buter sur une saturation des besoins. On distingue 4 phases naissance, croissance, maturité, déclin. Selon les phases de son cycle de vie, le produit concerne une clientèle issue de catégories sociales variables et a donc une demande, qui connaît des variations dans son élasticité par rapport au prix et par rapport au revenu.
économies d’échelle : si le coût moyen d’une unité produite diminue lorsque la production est plus importante parce qu’il y a des coûts fixes qui se répartissent sur un plus grand nombre d’unités, il y a économies d’échelle. En revanche, passé un optimum technique, l’accroissement de la production peut entraîner une hausse des coûts moyens parce que l’organisation de l’entreprise devient plus difficile à gérer ou parce qu’il y a des coûts fixes supplémentaires : on a alors un phénomène de déséconomies d’échelle.
élasticité de la demande par rapport au prix : accroissement de la demande d’un produit lorsque son prix baisse de 1%. Selon que l’élasticité est proche de zéro ou importante, on dit que la demande du produit est inélastique ou très élastique.
élasticité de la demande par rapport au revenu : accroissement de la demande d’un produit lorsque le revenu du consommateur augmente de 1%.
fonction de production : désigne pour les économistes la relation entre la quantité produite d’une part et les facteurs de production. Ils distinguent généralement deux facteurs, le travail (noté L comme labor) et le capital (noté K). Une fonction de production est dite capital (labor) intensive lorsqu’elle utilise massivement le facteur capital (travail). Elle est dite capital (labor) saving lorsqu’elle économise le capital (travail).
L’intensité capitalistique : se mesure avec le coefficient de capital, rapport entre le capital fixe (tous les biens durables : outils, machines, terrains, bâtiments...) mis en oeuvre pour produire et la valeur de la production. La « seconde révolution industrielle » se caractérise par une forte hausse de l’intensité capitalistique dans l’industrie.
Labour intensive : se dit d’une combinaison productive qui repose sur une grande quantité de travail peu qualifié, plutôt que sur l’usage de machines coûteuses qui immobilisent beaucoup de capitaux.
Formes d’organisation de la production industrielle Putting out system (Fabrique en français, verlagsystem en allemand) : organisation préindustrielle du travail par laquelle un marchand manufacturier ou entrepreneur urbain fait travailler à domicile une main d’oeuvre rurale.
Domestic system : organisation préindustrielle du travail dans laquelle l’artisan indépendant travaille à domicile et commercialise lui-même sa production.
Factory system (ou système usinier) : organisation de la production fondée sur la concentration de travailleurs et de machines dans un même lieu, l’usine. Ce système permet la division du travail et l’accomplissement de la logique des économies d’échelle. Il nécessite l’établissement de nouvelles formes de relations du travail (« dressage industriel »).
Sweating system : organisation du travail dans les grandes métropoles de la fin du XIXème siècle (exemple de la confection à Paris ou New York) par laquelle des employeurs-entrepreneurs sous traitent le travail à des intermédiaires qui exploitent une main d’oeuvre sous-payée soit à domicile, soit dans des petits ateliers insalubres.