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Le blog de la formation initiale en histoire et géographie. Professeurs de collège et lycée.

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Géo 6ème : densités, cartes et paysages.

Cartes et paysages constituent les deux maître-mots du programme  de 6ème  ; pourtant le lien que l'on entretient de l'un à l'autre est souvent distant et abstrait : la carte à l'échelle du monde sert à localiser et les paysages ont une valeur illustrative. Ainsi, concernant la répartition de la population, les manuels proposent une imagerie récurrente : un désert, une grande métropole sont censés montrer les faibles et fortes densités de peuplement. Pourtant, si l'on y réfléchit, on pourrait admettre qu'un paysage en soi ne dit pas grand chose sur la densité de population, surtout quand on confronte directement les deux extrémités de l'échelle géographique, planisphère et espace perçu (paysage). Les fortes densités urbaines situées au milieu du désert ne manquent pas, pas plus que les discontinuités urbaines au sein des plus grandes agglomérations.
Il faut tenter de concilier les échelles pour trouver une vraie correspondance entre cartes et paysages, inscrire le paysage dans un contexte spatial qui le fera mieux comprendre. On touche là à une finalité de la géographie : voir et comprendre l'espace.

Proposition :
  •  Inscrire   "les paysages ruraux/villages d'Europe" (voir 2ème partie du programme) dans le chapitre de la répartition de la population mondiale à titre d'étude de cas.
  • Utiliser des sites ressources de référence en prenant l'exemple de la France : Géoportail pour la cartographie  et Survol de France pour les paysages
  • Objectif : faire correspondre paysages et cartes topo, emboîter les échelles.  Ces jeux de correspondances sont des apprentissages de lecture. Et oui, en géographie aussi, on apprend à lire!

1ère étape, le paysage
Exemples : paysage d'Alsace/paysage de Champagne

Rosheim (Alsace, 67)

Oger (Champagne, 51)


  Après une localisation dans l'hexagone de ces paysages, on procède à un descriptif classique faisant ressortir les différents éléments constitutifs. On pourrait prélablement partir des représentations des élèves (rural/campagne ; selon vous, qu'est-ce la campagne? réponses possibles : "des champs", "c'est paumé" , "ya personne" etc...) pour sans doutes rectifier le tir et marquer quelques insistances.  L'observation des paysages permet de distinguer espaces naturels, activités agricoles (le vignoble, commun aux deux paysages, n'est sans doutes pas immédiatement identifiable par un élève de 6ème, mais on peut faire émettre des hypothèses) et habitat , 3 composantes qui forment le milieu rural.
N.B Le paysage alsacien pose question : au 1er plan, un très gros village ou une petite ville? La taille du bourg fait plutôt penser à une petite ville mais le paysage que l'on embrasse le met au milieu des champs et lui donne une allure rurale. Cette ambiguïté répond à la réalité d'un continuum rural-urbain que seules certaines traditions statistiques arrivent à trancher. L'impression d'ensemble est celle d'une campagne bien dodue comme le montre également l'horizon lointain..."paumée, la cambrousse?"


2ème étape, la carte topo au 1/20000ème

Rosheim (67)



Oger (51)

- Ce passage à la carte topo permet une 1ère lecture par identification : on retrouve le nom du village observé mais aussi sa forme. (village tas), son environnement. En passant d'un document à l'autre, on sait que l'élève a les moyens de se représenter concrètement le message cartographique : l'abstraction a été rendue possible. (idée pour s'en assurer : demander une légende très simple de la carte à partir des couleurs ; noir, vet clair, vert foncé).

- La carte révèle par ailleurs le voisinage immédiat du paysage et le sort de son isolement. On rompt ici la tradition du manuel qui perpétue l'imagerie d'un village toujours isolé, perdu dans la campagne. On découvre à cette échelle qu'un village a des voisins, pas si lointains que ça, souvent à portée d'horizon. (Découvrir les voisins, voilà une activité éminemment géographique!). On peut à cette occasion faire procéder à des calculs rapides et approximatifs de distance à partir de l'échelle graphique.
La comparaison visuelle des deux portions d'espace fournit une approche concrète de la notion de densités : sur la même superficie, l'espace alsacien paraît au 1er coup d'oeil nettement plus peuplé. On "triche" moins dans ce cas qu'avec le seul paysage. Il n'est plus ici question de la seule illustration, on est bien dans un ratio occupation/superficie qu'on retrouve dans l'unité de mesure des densités de population (nb d'hab/Km2)
NB : le cas alsacien peut conduire à une observation sur l'espace bâti : la distinction entre un centre compact et une périphérie plus lache est assez nette tant dans le paysage que sur la carte. Elle permet d'identifier un noyau historique et un habitat récent qui prouve que la campagne peut-être attractive (voir aussi les équipements). Ceci appelle à des hypothèses et un nouveau changement d'échelles : y aurait-il d'autres voisinages qui expliqueraient ce dynamisme? Proximité d'une grande ville, d'une voie rapide fréquentée, contexte d'une région prospère, .... Avec le curseur zoom +/- de Géoportail, les hypothèses peuvent être facilement vérifiées.



3ème étape : la carte topo  au 1/40000ème

Rosheim

Oger

Ce nouveau changement d'échelle agrandit la portion de territoire et offre ainsi une meilleure contextualisation du paysage. Avec le cas d'Oger, on fera remarquer que des espaces faiblement peuplés peuvent côtoyer des espaces densément peuplés. On inculque ici l'idée que les cartes de densités procèdent de simplifications : il faut relativiser les termes de "vide" et de "plein". En ce sens, on dépasse l'imagerie illustrative des manuels (cf traditionnelles photos des dunes du Sahara ou des tours de Hong Kong).
En comparant les deux cartes, on peut imaginer un exercice très simple consistant à additionner les chiffres de population associés  au nom des communes : sur la même superficie (échelles identiques),  on arrive à un total d'environ 13000 habitants dans un cas (campagne alsacienne) et d'un peu plus de 5000 habitants dans l'autre (campagne champenoise), soit moins de la moitié!  Voilà qui est parlant! Ceci étant posé, on peut faire intervenir la carte des densités à l'échelle de la France, faire remarquer les couleurs denses sur les plaines alsaciennes et pâles sur les plateaux de Champagne : on a alors une idée de ce que cela représente!



Globalement, l'esprit de l'ensemble de la démarche vise à "faire voir". Les documents que nous mettons à dispositions des élèves (ex, les cartes de densités) relèvent d'abstractions qui doivent nous inciter à leur donner des représentations. C'est bien là l'objectif de l'étude des paysages. Mais pour leur donner davantage de sens géographique, il est nécessaire de mieux les contextualiser en procédant à des emboitements d'échelles successifs. A cet égard, la carte topo reste un outil de choix, elle est à notre disposition via Géoportail, ce serait bien dommage de s'en priver.


Pour faire travailler les élèves :
2 scénarii possibles, éventuellement complémentaires.
a) Sélectionner des documents comme ci-dessus et concevoir des questionnaires progressifs d'observations et de mises et en relation, tout en veillant à ce que la difficulté soit adaptée au niveau de la classe.
b) Permettre aux élèves de sélectionner à leur tour des paysages ruraux à partir du site Survol de France et de trouver les correspondances cartographiques sur le site de Géoportail à plusieurs échelles, selon le modèle indiqué. Pour organiser des recherches et sélections photographiques à partir de ressources en ligne, on peut se reporter aux travaux d'Anne Jouan. (voir article sur le site hg de Créteil)



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