Le blog de la formation initiale en histoire et géographie. Professeurs de collège et lycée.
Extraits d’Habiter. La condition géographique, d’Olivier LAZZAROTTI, Belin, coll° Mappemonde, 2006
(Remarque : les passages mis en italique le sont par l’auteur tandis que ceux mis en gras l’ont été par son lecteur…)
Problématiques géographiques :
- « Au fait, qu’est-ce donc « ce » qui change, quand un homme change de lieu et qui, parfois aussi, le change ? Qu’est-ce que « ça » change d’être ici ou là ? Et pourquoi aller ici, et non pas là ? Et qu’est-ce à dire ce choix d’un ici, face à tant d’autres là-bas ? Mais alors, et du coup, qu’est-ce qui ne change pas d’un homme, quand il change de lieu ? Mais aussi, qu’est-ce qui ne change pas quand on ne change pas de lieu ? Et qu’est-ce qu’un homme peut changer en changeant de lieu ? Peut-il changer sans changer de lieu ? Désormais ce « quoi » et ce « qui » sont au cœur de la science géographique. » (p 6) « Où être à sa place ? » (p 98) « Qu’est-ce qui change quand on change de lieu ? » (p 111)
- « La consubstantialité de l’espace habité et de l’habitant constitue désormais le socle théorique de cette pensée géographique dans la quelle nous nous reconnaissons : ne pas traiter du monde et, secondairement, des hommes mais traiter des hommes à travers les informations du monde. Il s’agit donc bien, à la fois, de séparer « espace habité » et « habitant », mais aussi d’en proposer un agencement synthétique. Autrement dit, il faut doter la géographie d’une passerelle pertinente qui permette de penser cette relation spécifique de l’espace habité à l’habitant afin d’en tirer l’immense richesse qui est celle de tous les phénomènes humains : comment peut-on avoir accès à l’homme, singulièrement et collectivement, par le monde ? » (p 170)
Tentative de définitions : « habiter » et « espace habité » :
- En partant de l’exemple du détroit du Pas de Calais : « Aujourd’hui comme hier donc, mais selon ses propres pratiques et dans le droit fil de logiques politique, économique, sociale et culturelle, l’homme y habite jusqu’à ce point paradoxal d’y laisser profondément une trace, spécifique et reconnaissable, malgré l’eau : lignes, nœuds, frontières, règles, etc. […] Il faut donc comprendre l’espace habité comme l’espace informé par l’homme. […] L’espace habité est ainsi l’espace informé par et pour l’homme, soit par et pour les relations humaines.» (p 29)
- L’auteur propose une approche géographique fondée sur « l’emboîtement de l’espace habité et des habitants en déplacement, quand le territoire est l’espace parcouru.» (p 113) Il s’agit d’étudier « l’alliance singulière d’emplacement(s) et de déplacement(s) » réalisée par chaque habitant. (p 139)
- L’auteur considère que le fonctionnement de l’espace habité est de nature topologique.
L’auteur propose aussi de redéfinir quelques notions :
- La PLACE : « La place constitue l’une des réponses que chaque habitant apporte à la question « où être ? ». Comme là où il est, elle réfléchit aussi d’où il vient et peut-être où il va. Elle est ainsi cartographiable et, dans cette perspective dynamique, contient et réunit l’ensemble des lieux fréquentés par un homme au cours de sa vie. » (p 99)
- Le TERRITOIRE : « L’approche défendue ici est de considérer comme territoire un ensemble de LIEUX à travers lesquels il est possible de circuler. Et c’est ainsi que le territoire peut être défini comme la mesure du mouvement. Implicitement, elle inclut celle de l’immobilité. Elle insiste ainsi sur la possibilité, réalité d’un homme ou virtualité d’une collectivité, du déplacement, soit du changement de lieu. » (p 53) « La connaissance de ce territoire est la condition qui rend sa traversée possible en même temps qu’elle en marque les limites. » (p 113) Pour caractériser les limites de ce territoire connu, l’auteur propose d’utiliser la notion d’HORIZON qui « réfléchit la différence, si ce n’est la tension, entre ce que les habitants savent du monde et ce qu’ils en ignorent.» (p 113) L’HORIZON est une « ligne qui ferme [et] donc aussi une ligne qui ouvre ou, plus exactement, l’invitation permanente et ininterrompue faite à l’homme de dépasser ces limites qui sont aussi les siennes, celles de ses territoires pour se situer, résolument, dans une perspective mondiale. » (p 114)
- L’URBANITE et la RURALITE : « Les déplacements sont donc créateurs d’échanges et de commerce, au sens le plus large de ce terme qui induit sa portée symbolique. Réciproquement, la fréquentation de plusieurs lieux, quelles que soient, du reste, les modalités des différents emplacements tenus, participe à la mise en œuvre d’un style de vie que l’URBANITE pourrait bien qualifier au mieux. […] Ce n’est donc pas l’emplacement ou le déplacement qui signifie l’habitant, mais le rapport qu’il établit entre les deux et qui constitue sa place dans le monde. Le style de vie qui y est associé n’est pas seulement rapport au monde, mais, en tant que tel aussi, rapport aux autres. Si la RURALITE trouve son fondement dans cette sorte de communautarisme que définit le partage d’un seul et même lieu, l’URBANITE, comme composante territoriale, trouve ses ressorts très précisément dans l’ordre de la société, par l’apprentissage et la prise en compte des diversités. » (p 151-152) L’auteur évoque ainsi les « CAMPAGNES URBAINES, considérées comme telles parce que non seulement peuplées d’urbains, mais aussi, de plus en plus, ordonnées selon des logiques urbaines. » (p 156)
Deux remarques intéressantes sur la mondialisation :
- « Une partie des habitants de l’humanité accède à la mondialité et à ses styles de vie. Le monde est leur maison, non parce qu’il est devenu uniforme, mais parce qu’ils ont acquis les moyens de s’y déplacer. […] il semble [néanmoins] tout à fait exagéré de considérer qu’il existe des habitants exclusivement mondiaux, au sens où ils auraient abandonné toute trace d’une autre composante, locale ou territoriale. » (p 155)
- L’auteur insiste sur le fait que « toute mondialisation […] n’est pas seulement uniformisation, mais uniformisation et diversification. Sa singularité est ainsi dans cette balance entre les deux, entre les points communs du monde et ses différents lieux, ses ruptures et ses continuités, etc. » (p 88)