Mardi 10 février 2009

 
Florilège de chansons autour du thème de la banlieue.


Avec le concours de Yves Borowice : borola@wanadoo.fr
Site du séminaire “Histoire et théorie des chansons” : http://epi.univ-paris1.fr/chanson

Prologue : Les cinq étages.
Pour illustrer la ségrégation horizontale à l'oeuvre dans l'immeuble "haussmanien" du XIXème siècle, on peut mettre en relation la chanson "réaliste" narrant le destin d'une fille de concierge qui se trouve à chaque moment de sa vie dans un endroit différent du même immeuble : Les cinq étages
avec :

1/ la célèbre caricature, souvent reproduite de Bertall : “Cinq étages du monde parisien”. Gravure parue dans Le Diable à Paris, Hetzel, 1845-1846.
Légende : “Monsieur baille et madame dort en attendant les visites… Au second la floraison des vertus domestiques : le père, la mère, les enfants et les joujoux… Au troisième le propriétaire qui vient réclamer le terme échu ; sur le même palier un célibataire, vieux rentier retraité… au quatrième l’ouvrier sans argent, sa femme en pleurs et ses enfants sans feu ; l’artiste qui bat la semelle pour réchauffer l’inspiration ; le philosophe qui médite un ouvrage entre ses draps, son parapluie tout grand ouvert”

NB1 la scène du "philosophe" fait immanquablement penser au célèbre tableau de 1835, "Le pauvre poète" du peintre autrichien Carl SPITZWEG, (1808-1885) conservé à la Neue Pinakothek de Munich.
NB2 La scène de l'artiste battant la semelle fait elle aussi penser à la Bohême de Henri Murger, l'opéra éponyme de Puccini, et la chanson de Charles Aznavour


2/ avec une photographie de Robert Doisneau (1912-1994) intitulée "la maison des locataires" datant de 1962.

3/ avec la projet de Georges Perec dans La vie mode d'emploi, romans de 1978. Ce projet est annoncé 4 ans plus tôt, en 1974 dans Espèces d'espaces : " j'imagine un iommeuble parisien dont la façade a été enlevée... de telle sorte que, du rez de chaussée aux mansardes, toutes les pièces qui se trouvent en façade soient instantanément et simultanément visibles. Le roman... se borne... à décrire les pièces ainsi dévoilées et les activités qui s'y déroulent..."


1/ Première époque. La banlieue comme envers de la ville et de l'urbanité

L'héritage du XIXème siècle : industrialisation et bouleversement de la ville "haussmanienne"
La banlieue est la "petite couronne", lieu de l'industrie, de l'usine, de la fumée
La "zone" ou les "fortifs" sont un territoire intermédiaire aux marges de la ville (sur l'emplacement de l'actuel boulevard périphérique, achevé en 1973), ou se réfugie une part de la mythologie populaire parisienne chassée du centre : prostituée au grand coeur, mauvais garçons, trafics en tout genre... mais aussi une sociabilité populaire particulière, avec une proximité avec la nature, que l'on retrouve dans la période suivante.

TOUT AUTOUR DE PARIS (1916)

C’est l’aube matinale
Qui va, chassant la nuit.
La grande capitale
Sourit au jour qui luit.
Et, du fleuve à la Butte,
Chacun va son chemin,
En route pour la lutte,
Lorsque dans le lointain…

Tout autour de Paris,
On voit, dans le ciel qui s’obscurcit,
Des vagues de fumées
Monter des cheminées
En formant un rempart,
Un rempart de brouillard…
Courbevoie, Saint-Denis,
Cités du travail, de l’industrie,
Aux moteurs et machines,
Sirènes et turbine,s
Jettent leurs mille cris,
Tout autour de Paris…

Le printemps va renaître,
Ramenant les beaux jours,
On sent dans tout son être
Un renouveau d’amour.
« Dis-donc, ma p’tit’ Nénette,
Veux-tu v’nir avec moi ?
Pour te conter fleurette,
Je connais un endroit… »

Tout autour de Paris,
Il est des petits coins bien jolis
Où l’on va, le dimanche,
Cueillir muguet, pervenches :
Meudon et Robinson
S’emplissent de chansons…
Tandis qu’au bord de l’eau,
Au son d’ l’accordéon, du banjo,
C’est la valse musette
Qui fait tourner les têtes…
L’amour trouve son nid,
Tout autour de Paris…

Paris, Ville-Lumière,
Qui grandit chaque jour,
Se dresse, noble et fière,
Et tout le monde accourt.

Élargissant ses rues,
Construisant des palais,
Perçant des avenues,
Mais malgré ce progrès…

Tout autour de Paris,
On voit encor’ tout ce ramassis
De cabanes immondes
Où la misère abonde,
Foyers obscurs, malsains,
Souvent sans feu, sans pain…
À tous ces mal-lotis,
Qui ont des femmes et des petits,
Faisons moins de promesses,
Soulageons leur détresse,
Donnons-leur un logis !
Tout autour de Paris …

Interprète : Georgel
Paroles : Jean Rodor
Musique : J. Gey et Yegson
Disque : 78T Pathé 3652
Enregistré en 1928
CD source : double album "Paris, 1919-1950", disque 1, Frémeaux et Associés, FA 5018 (2001)

LA ZONE (1933)

Y’a des tas d’ citoyens amoureux d’ la nature
Et qu’ont pas les moyens d’ voyager…
Ils ne connaissent seul’ment qu’ par la littérature
La rive où fleurit l’oranger…
I’ rêv’nt que d’ s’en aller dans les landes en Bretagne,
Dans les auberges à coup d’ fusil,
Sans s’ douter qu’il existe un vrai Pays d’ Cocagne
À dix centimèt’ de Paris…

Sur la zone,
Mieux que sur un trône,
On est plus heureux que des rois !
On applique
La vraie République,
Vivant sans contraintes et sans lois…
Y’a pas d’ riches
Et tout l’ monde a sa niche,
Et son petit jardin tout pareil,
Ses trois pots d’ géranium et sa part de soleil…
Sur la zone !

On n’a pas des palaces en marbre de Carrare,
Avec des dorures au balcon…
On habite une cabane faite en boîtes à cigares,
Avec un’ toiture en carton !
Y’a pas besoin d’ crâner dans son automobile
Pour qu’un’ poul’ vous tombe’ dans les bras !
Les amours sont moins chers et beaucoup plus faciles
Qu’avec les stars de cinéma…

Sur la zone,
Y’a pas d’ sable jaune,
Ni d’ parasols, ni d’ mer d’azur…
On s’invite
À bouffer d’ la frite
Autour d’un tranquill’ de vin pur !
Sous la brise,
On peut à sa guise
S’endormir à poil au soleil…
Tout comm’ les nudistes à Nice ou Beausoleil !
Sur la zone !

Y’a des clebs qui s’engueulent à travers les clôtures,
Des oies, des pigeons, des canards…
Des poul’s qui tranquill’ment s’en vont à l’aventure,
Mais pas comm’ celles des Grands Boul’vards !
Les savants qui voudraient étudier nos coutumes
S’raient bien obligés d’ constater
Qu’ la grenouille du trottoir et l’ poisson du bitume
N’arriv’nt pas à s’acclimater !

Sur la zone,
Bien sûr que la faune
N’est pas cell’ de tous les pays…
On y chasse,
En guise de bécasse,
Du rat, d’ la puce et d’ la souris !
On pratique
Les jeux athlétiques
Et les sports qu’hippiques à la fois…
On a des balançoires à tirer, des ch’vaux d’ bois…
Sur la zone !

Y’a des tas d’ambitieux qui s’acharn’nt à la peine
Pour ramasser trois cent mille francs,
De quoi s’ach’ter plus tard un castel en Touraine :
Faut vraiment pas être au courant !
Y’a qu’à s’am’ner comm’ ça, simplement, un dimanche,
Avec des planches et des outils,
Pour se construir’ soi-même sa villa Les Pervenches
Ou son p’tit chalet Ça m’ suffit !

Sur la zone,
C’est le péril jaune :
Les moutards pouss’nt comm’ du chinois !
On oublie
L’hydrothérapie,
Quand on prend son eau sur son toit !
Faut s’y faire
Et, chez les zonières,
On chuchote, en s’ montrant du doigt
Cell’s qu’ont pas tous les ans deux moujingues à la fois !
Sur la zone !

Interprète : Fréhel
Paroles : Marc-Hély    /   Musique : Joë Jekyll
Disque : 78T Salabert 3344 (matrice SS 1594-A) / Enregistré en juin 1933
Accompagnement : orchestre M. Chobillon
CD source : album "Fréhel, 1927-1934", Chansophone n° 105 (1991)

Y’A D’ LA FUMÉE DANS MA BANLIEUE [extrait] (1941)

Y’a d’ la fumée dans ma banlieue,
Y’a des usines.
On n’ voit jamais, en l’vant les yeux,
Si l’ ciel est bleu…
Les pauvres arbres poussiéreux
Font mauvaise mine.
Et les oiseaux, l’air dégoûté,
N’ veulent plus chanter…

Les matins roses,
Les soirs tout brodés d’or,
On le suppose,
Préfèrent d’autres décors…
Ça s’rait joli, dans ma banlieue,
Sur les ch’minées.
Oui mais voilà… Y’a d’ la fumée…

Interprète : Lucienne Delyle
Paroles : M. Brocey
Musique : G. Dalmont
Disque 78T Columbia DF 2850 (matrice CL 7509-1)
Enregistré le 16 octobre 1941
Accompagnement : orchestre Raymond Legrand
CD source : double album "La banlieue, 1931-1953", disque 2, Frémeaux et Associés, FA 5094 (2004)

LA GRANDE CITÉ [extrait] (1946)

Je suis né dans la cité
Qui enfante les usines,
Là où des hommes turbinent
Toute une vie sans s’arrêter,
Avec leurs hautes cheminées
Qui s’élancent vers le ciel,
Comme pour cracher leurs fumées
En des nuages artificiels.
Et dans le bruit des sirènes,
Des hommes vont, des hommes viennent...
C’est la grand’ ville qui rugit…
C’est la grand’ ville qui surgit…

Interprète : Yves Montand
Paroles : Édith Piaf
Musique : Marguerite Monnot
Disque 78T Odéon 281 745
Enregistré le 12 novembre 1946
Accompagnement : orchestre Jean Marion
CD source : vol.1 du coffret "Yves Montand, les années Odéon. Intégrale 1945-1958", Columbia / Sony, 14-475654-10-A (1993)

LE BRUIT DES VILLES [extrait] (1961)

Bam ! Bam ! V'là la vie,
Bam ! Bam ! En batt’rie,
Bam ! Bam ! En furie.
V'là la vie qui m' fait peur !
Bam ! Bam ! Le tapage
Bam ! Bam ! De l'orage
Bam ! Bam ! Qui soulage
Le grand ciel en chaleur...
Bam ! Bam ! De l'usine,
Bam ! Bam ! De la mine
Bam ! Bam ! Tambourinent
Les marteaux du labeur…
Bam ! Bam ! Dans les soutes
Bam ! Bam ! Sur les routes
Bam ! Bam ! Je l'écoute,
Ce bam-bam de malheur !

Interprète : Édith Piaf
Paroles : Louis Poterat
Musique : Charles Dumont
Disque Capitol (EMI France)
Enregistré le 23 mars 1961
Accompagnement : orchestre Robert Chauvigny
CD source : vol. 8 du coffret "Piaf, l’intégrale de ses enregistrements. 1946-1963.", EMI 7903922 (1988)

LA CHANSON DES FORTIFS (1938)   

Le poète en guenilles,
Les rôdeurs et les filles
Des chansons d'Aristid' Bruant,
Les héros populaires
Des refrains d'avant-guerre
Sont bien loin de nous maintenant...
Tout cela disparaît dans la nuit
Et l'on se demande aujourd'hui :

Que sont dev'nues les fortifications
Et les p'tits bistrots des barrières ?
C'était l' décor de toutes les chansons,
Des jolies chansons de naguère.
Où sont donc Julot,
Nini, Casque d'Or
Et P'tit Louis l' Costaud,
Si célèbre alors ?
Que sont dev'nues les fortifications,
Et tous les héros des chansons ?

Des maisons d' six étages,
Ascenseur et chauffage,
Ont r'couvert les anciens talus...
Le P'tit Louis, réaliste,
Est d'venu garagiste,
Et Bruant a maint'nant sa rue !
Julot sera de l'Institut bientôt,
Et Nini possède un château !

Il n'y a plus de fortifications,
Ni de p'tits bistrots de barrières.
Adieu, décor de toutes les chansons,
Des jolies chansons de naguère.
Mais d'autres viendront,
Héros différents,
Puis disparaîtront :
A chacun son temps…
Il n'y a plus de fortifications,
Mais y'aura toujours des chansons…

( instrumental)

Mais d'autres viendront,
Héros différents,
Puis disparaîtront :
A chacun son temps...
Il n'y a plus de fortifications,
Mais y'aura toujours des chansons…

Interprète : Fréhel
Paroles : Michel Vaucaire
Musique : Georges Van Parys
78T Pathé (matrice : CL 6752-1)
Enregistré le 13 juin 1938
Accompagnement : orchestre Pierre Chagnon
CD source : double album "Disques Pathé : Fréhel,", vol.2, EMI, 855984 2 (1997)

2/ Deuxième époque : l'entre deux-guerres. La réconciliation entre la banlieue et l'urbanité.

L'organisation progressive de formes urbaines dans les banlieues, contemporaine de la crise des "lotissements", magnifie la banlieue en rivale de la ville, à qui elle n'a rien à envier.

MA BANLIEUE [extrait] (1937)   

Ma banlieue, ma banlieue,
A des charmes que rien ne remplace…
Pas bien loin, y’a des coins
Où chaque dimanche on se délasse…
Ma banlieue, ma banlieue,
Grâce à toi, tous les ennuis s’effacent…
On devient très "fleur bleue",
C’est pourquoi j’aime tant ma banlieue !

Quand on vit dans la capitale,
On a besoin de changer d’air…
Et vers la campagne, on détale,
Par la douceur d’un matin clair.
On voudrait bien aller à Nice :
Hélas, on n’a pas les moyens…
Mais la banlieue a ses délices,
C’est moins chic, mais c’est aussi bien !

Interprète : Reda Caire
Paroles : P. Bayle / Henri Varna
Musique : Gaston Gabaroche / Jacque-Simonot
78T Pathé PA 1362 (matrice CPT 3613-1)
Enregistré le 3 décembre 1937
Accompagnement : orchestre Raymond Legrand
CD source : album "Reda Caire, 1933-1946", Chansophone, 701692 (1998)

C’EST LA GUINGUETTE [extrait] (1936)   

C’est sur les bords de la Seine,
Pas bien loin de Charenton,
Que ceux qui travaill’nt la s‘maine
Se rafraîchiss’nt les poumons…
L’air qui vient dans la poitrine,
C’est l’ bonheur, c’est la santé,
Et, s’il sent un peu l’usine,
Il a l’ goût d’ la liberté…

Mais c’est surtout la guinguette,
La guinguette au bord de l’eau,
Qui fait tourner dans les têtes
Les mots que l’on croit nouveaux…
On entend chaque dimanche,
Parmi les branches, les tourtereaux
Échanger l’aveu d’amour
Qui doit les lier pour toujours.
Une bonne odeur de frites
Vient griser les délicats,
Et l’accordéon excite
Les sens avec un’ java…
Tout est joyeux, c’est la fête
Quand on quitte le boulot
Pour aller à la guinguette,
A la guinguette au bord de l’eau !

Interprète : Damia (et chœurs russes Afonsky)
Paroles : Camille François
Musique : Gaston Claret
78T Columbia DF 1879 (matrice CL 5633-1)
Enregistré le 28 février 1936
Accompagnement : orchestre dir. Wal-Berg
CD source : double album "Le Front Populaire, 1934-1939", Frémeaux & Associés, FA049 (1996)

QUAND ON S’PROMÈNE AU BORD DE L’EAU [extrait] (1936)

Du lundi jusqu'au sam'di,
Pour gagner des radis,
Quand on a fait sans entrain
Son boulot quotidien,
Subi le propriétaire,
L' percepteur, la boulangère,
Et trimballé sa vie d' chien,
Le dimanch', viv'ment,
On file à Nogent,
Alors brusquement
Tout paraît charmant…

Quand on s' promène au bord de l'eau,
Comm' tout est beau...
Quel renouveau !
Paris, au loin, nous semble une prison,
On a le cœur plein de chansons…
L'odeur des fleurs
Nous met tout à l'envers,
Et le bonheur
Nous saoule pour pas cher…
Chagrins et peines
De la semaine,
Tout est noyé dans le bleu, dans le vert…
Un seul dimanche au bord de l'eau,
Aux trémolos
Des p'tits oiseaux,
Suffit pour que tous les jours semblent beaux
Quand on s' promène au bord de l'eau !

Interprète : Jean Gabin
Paroles : Julien Duvivier
Musique : Maurice Yvain
Valse du film La Belle Équipe
78T Columbia DF 1990 (matrice CL 5854-1)
Enregistré le 15 septembre 1936
Accompagnement : orchestre musette Pierrot
CD source : double album "Intégrale Jean Gabin", vol.1, Frémeaux & Associés, FA029 (1994)

À LA VARENNE (1930)

Les bourgeois rupins,
Ceux qu'ont les moyens,
S'en vont l'été s' fair' plumer à Deauville…
Quand on n'a pas l' sou,
On va n'importe où,
Où ça coût' pas des prix fous…
Car, à mon avis,
C'est pas pour bibi,
Les endroits où l'on fait des chichis !

Moi, j'ai mon golf et mon bateau,
Ma plage et mon casino,
À la Varenne…
Moi, je n' vais pas avec les gros,
À Dinard, à Saint-Malo,
Fair' des fredaines…
Moi, dans un bar à gigolos,
Payer vingt balles un sirop,
Ça m' f'rait d' la peine !
Moi, j' préfèr' un p'tit caboulot,
Où qu'on boit du picolo
Au bord de l'eau !

On n'a pas d' négros,
Comme à Monaco,
Qui font du jazz à mill' francs la séance…
Au son d'un phono
Ou d'un vieux piano,
C'est quat' sous pour un tango !
Et quand on peut pas
Se payer tout ça,
Y a des boîtes à deux ronds la java !

Moi, j'ai mon golf et mon bateau,
Ma plage et mon casino,
À la Varenne…
Moi, j'y connais des dactylos
Qui sont plus chouett's en maillot
Qu' bien des mondaines…
Moi, dans un bar à gigolos,
Payer vingt balles un sirop,
Ça m' f'rait d' la peine !
Moi, j' préfèr' un p'tit caboulot,
Où qu'on boit du picolo
Au bord de l'eau !

Interprète : Georges Brassens
Paroles : Marc-Hély / Musique : Joë Jekyll
Créé en 1930 par Perchicot
Enregistré en 1980
CD source : "G. Brassens chante les chansons de sa jeunesse", Philips 848930-2 (1991)

BANLIEUE (1953)

Tout’ les maisons d’ banlieue
Ont un air de famille,
Avec un p’tit perron,
Une allée de graviers,
Un’ cabane à outils
Avec un toit d’ charmille ,
Et puis aussi des fleurs
Que le vent fait danser…

Banlieue !
C’est un paradis
Que Dieu a mis sur Terre !
Banlieue !
C’est, après Paris,
Ce qu’on a fait de mieux !

Le dimanche matin,
Tout’ les maisons s’astiquent,
Y’a des tapis fouettés,
Et des enfants aussi !
On se livre, avec joie,
Aux travaux domestiques :
Monsieur prend l’apéro
Au café d’ la Mairie…

Banlieue !
C’est le paradis
De tous les fonctionnaires !
Banlieue !
C’est, après Paris,
Ce qu’on a fait de mieux !

Les commerçants d’ banlieue
Ont une petit’ voiture,
Et vienn’nt sur l’ pas d’ la porte
Apporter à manger.
On achèt’ son beefsteak
Au milieu d’ la verdure,
On choisit sous l’ tilleul,
On pay’ sous l’ marronnier !

Banlieue !
C’est le paradis
De tout’ les ménagères !
Banlieue !
C’est, après Paris,
Ce qu’on a fait de mieux !

Comme on n’a pas toujours
De quoi remuer la terre,
On va chez le voisin
Emprunter ses outils :
C’est une bonne occasion
D’aller prendr’ un p’tit verre,
Quand on part à neuf heures,
On r’vient : il est midi !

Banlieue !
C’est le paradis
Où les voisins sont frères !
Banlieue !
C’est, après Paris,
Ce qu’on a fait de mieux !

Les goss’ vont à l’école,
Qu’est tout là-bas derrière.
L’hiver, y fait pas chaud
Mais, quand l’été revient,
Tous les p’tits banlieusards
Font l’écol’ buissonnière :
C’est pas d’ leur faute à eux,
C’est d’ la faute au p’tit ch’min !

Banlieue !
C’est le paradis
Des écoliers sur Terre !
Banlieue !
C’est, après Paris,
Ce qu’on a fait de mieux !

Les amoureux d’ banlieue
Ont un bal le dimanche :
C’est toujours une guinguette
Qui s’appelle Chez Léon !
Garçons en manch’ de ch’mise,
Fillettes roses et blanches,
Y’a jamais eu d’amour
Sans un accordéon…
Banlieue !
C’est le paradis
Des amoureux sur Terre !
Banlieue !
C’est, après Paris,
Ce qu’on a fait de mieux !
Et puis, quand vient la nuit,
Tout’ les lumières s’éteignent :
La banlieue va s’ coucher,
Y’a qu’ les outils dehors…
L’aboiement d’un p’tit chien,                  
Un frisson dans un chêne,
Un train dans le lointain :
C’est la banlieue qui dort…

Banlieue !
C’est un paradis
Que Dieu a mis sur Terre !
Banlieue !
C’est le paradis
De tous les gens heureux !

Interprète : Robert Lamoureux
P : R. Lamoureux  / M : Henri Bourtayre
Disque : 78T Polydor 560433
Enregistré en février 1953
Accompagnement : H. Boutayre et son trio
CD source : double album "La banlieue, 1931-1953", Frémeaux & Associés, FA 5094 (2004)


III/ Troisième époque. Les trente glorieuses, le temps de l'urbanisation. Fonctionnalité et Grands Ensembles.

La grave crise du logement (cf hiver 1954) fait de la banlieue, en ces temps de baby boom, d'exode rural et d'immigration un territoire où s'invente une forme urbaine nouvelle : le "grand ensemble".

DIMANCHE À ORLY [extrait] (1963)

À l'escalier C, bloc vingt et un,
J'habite un très chouette appartement
Que mon père, si tout marche bien,
Aura payé en moins de vingt ans.
On a le confort au maximum,
Un ascenseur et une sall' de bain.
On a la télé, le téléphone,
Et la vue sur Paris, au lointain.
Le dimanche, ma mèr' fait du rang'ment
Pendant que mon père, à la télé,
Regarde les sports religieus'ment.
Et moi, j'en profit' pour m'en aller…

Je m'en vais l' dimanche à Orly.
Sur l'aéroport, on voit s'envoler
Des avions pour tous les pays,
Tout l'après-midi, y a de quoi rêver…
Je me sens des fourmis dans les idées,
Quand je rentre chez moi, la nuit tombée…

Interprète : Gilbert Bécaud
Paroles : Pierre Delanoë
Musique : Gilbert Bécaud
Disque 45T La Voix de son Maître EGF 633
Enregistré en 1963
Accompagnement : orchestre R. Bernard
CD source : album "Beaucoup de Bécaud, 20 chansons indispensables", EMI, 837 587-2 (1996)

LA MONTAGNE (1964)

Ils quittent un à un le pays,
Pour s'en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés.
Depuis longtemps, ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets,
Du formica et du ciné.
Les vieux ! Ce n'était pas original
Quand ils s'essuyaient, machinal,
D'un revers de manche les lèvres.
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau,
Et manger la tomme de chèvre.

Pourtant, que la montagne est belle…
Comment peut-on s'imaginer,
En voyant un vol d'hirondelles,
Que l'automne vient d'arriver ?

Avec leurs mains dessus leurs têtes,
Ils avaient monté des murettes
Jusqu'au sommet de la colline.
Qu ' importe les jours, les années,
Ils avaient tous l 'âme bien née,
Noueuse comme un pied de vigne.
Les vignes ! Elles courent dans la forêt…
Le vin ne sera plus tiré,
C'était une horrible piquette !
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire,
S'il ne vous tournait pas la tête…

Refrain

Deux chèvres et puis quelques moutons,
Une année bonne, et l'autre non,
Et sans vacances, et sans sorties…
Les filles veulent aller au bal :
Il n'y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie.
Leur vie ! Ils seront flics ou fonctionnaires,
De quoi attendre, sans s'en faire,
Que l'heure de la retraite sonne…
Il faut savoir ce que l'on aime,
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones…

Refrain

Interprète : Jean Ferrat
Paroles et musique : Jean Ferrat
Disque 25 cm Barclay 80253
Enregistré fin 1964
Accompagnement : orch. Alain Goraguer
CD source : double album "Jean Ferrat, les années Barclay", disque 1, Barclay, 513 217-2 (1992)

CUISSE DE MOUCHE (1968)

Sa p’tit’ pair’ de noix gonfle un p’tit poil sa mini-jupe…
Elle a des gambett’s comm’ un fil à couper l’ roqu’fort…
Ses p’tits œufs au plat, sous son ch’misier, me préoccupent…
Autant qu’ le joli sourire qui lui sert de pass’port…

C'est pour ça qu'on l'aime, dans notre HLM,
Chez le beau Riri ou dans l’ bistrot d’ la mère Tatzi !
On l'appell’ « Cuisse de Mouche », fleur de banlieue :
Sa taille est plus mince que la retrait’ des vieux !
Elle chante tout l’ temps sans finir sa chanson :
C'est la faut’, bien sûr, à ses tout petits poumons…

Elle allait au Prisunic ach’ter ses Panzani…
Moi, j'attendais qu’ la vendeus’ me donn’ mon riz précuit…
Elle me dit : « Dieu me chatouille ! vous êt’ le beau Pierrot !
Et, parol’ de Cuiss’ de Mouche, c'est vous qu’ j'ai dans la peau ! »

C'est pour ça qu'on l'aime, dans notre HLM,
Chez le beau Riri ou dans l’ bistrot d’ la mère Tatzi !
On l'appell’ « Cuisse de Mouche », fleur de banlieue :
Sa taille est plus mince que la retrait’ des vieux !
Et, si la pauvrett’ n’est pas très gastronome,
C'est la faut’, bien sûr, à son petit estogom’…

Elle m'explique alors qu’ son p’tit fiancé est pitoyable
Depuis qu'il s'est fait court-circuiter l’ piège à mémés :
Il a plutôt l'air d'un’ virgule dans Les Misérables
Que d'un trait d'union dans L'Amant d’ Lady Chatterley…

C'est pour ça qu'on l'aime, dans notre HLM,
Chez le beau Riri ou dans l’ bistrot d’ la mère Tatzi !
On l'appell’ « Cuisse de Mouche », fleur de banlieue :
Sa taille est plus mince que la retrait’ des vieux !
De deux choses l'une, quand ell’ s'assied tendrement :
Son cul est trop p’tit, ou mes g’noux sont trop grands !..

Comme elle est très pieuse, on a couru vers l'abbaye…
Et le radis noir de sa paroiss’ nous a bénis…
Puis ce fut le grand départ vers notre lun’ de miel…
Dans un hôtel d'Arpajon, on connut l’ septième ciel…

Et depuis l’on s’aime, dans notre HLM,
Chez le beau Riri ou dans l’ bistrot d’ la mère Tatzi !
On l'appell’ « Cuisse de Mouche », fleur de banlieue :
Sa taille est plus mince que la retrait’ des vieux !
Mais je peux vous dire à vous tous, en passant,
Que, de tous les cœurs, c’est le sien le plus grand…
Mais je peux vous dire à vous tous, en passant,
Que, de tous les cœurs, c’est le sien le plus grand…
 

Interprète : Pierre Perret (et chœurs)
Paroles et musique : P. Perret (1968)
Enregistré en 1993-1994
Arrangement : Romain Didier
CD source : coffret "Pierrot l’Intégrale", vol.7 "Les femmes", Adèle / Carrère, 50490 (1994)

LES ENFANTS DES PROMOTEURS (1973)

Les enfants des promoteurs
Sont des enfants prometteurs,
Car ils ont eu pour nourrice
Une ordinatrice…
Ils sont nés viabilisés,
Sous le signe du design,
Et doiv’nt leur aménag’ment
Au management…
Ils courent et s’entassent
Dans les grand’ surfaces,
Puis ils se relaxent,
Tout en fredonnant,
Tout en mâchonnant,
Un’ drol’ de syntaxe…

Toulouloutilélétoulou
Toulouloutilélétouli
Toulouloutililitouli
Tililitililitilililé            (bis)

Les enfants des promoteurs
Sont comme les chevaux-vapeur :
Vivant toujours sous pression,
Pour leur promotion…
Prisonniers de leur planning,
Des nuisances et des machines,
Ils cherch’nt un environn’ment
Moins traumatisant…
Dans l’embouteillage
Des routes à péage,
Ils fuient les cités…
Et loin des grands axes,
Enfin plus relax
Ils peuvent rêver…

Toulouloutilélétoulou
Toulouloutilélétouli
Toulouloutililitouli
Tililitililitilililé
On urbanise…
On viabilise…
On prospectise…
On architecturise…

Mais il y a les enfants
Des enfants de promoteurs,
Qui grandissent simplement
Comm’ poussent les fleurs…
Ignorant le fonctionnel,
Ils cherchent l’exceptionnel.
Quand ils rêv’nt ou se promènent
Le long de la Seine,
Souvent, ils décochent
Des mots de Gavroche
Sur ce monde fou…
Et quand un’ chanson
Leur touche le cœur,
Ils reprenn’nt en chœur…

Toulouloutilélétoulou
Toulouloutilélétouli
Toulouloutililitouli
Tililitililitilililé
On vocalise…
« La Valse grise »…
« Bal, petit bal »…
Ou « Le temps des cerises»…
Toulouloutoulouloutouloulouti


Interprète : Francis Lemarque
Paroles et musique : F. Lemarque
Disque 33T Meys 30 011, s.t.
Enregistré en 1973
Arrangement : Alain Goraguer
CD source : double album "Francis Lemarque, À Paris", disque 2, Meys / EMI, 2520352 (1993)
 

IV/ Quatrième période. Crise urbaine et crise sociale. Nouveau divorce entre banlieue et urbanité.


LE CHÔMAGE (1973)

Les hommes de la ville ont vieilli cet été :
Les muscles inutiles, c'est si lourd à porter…
Ils partent le matin aux petites annonces,
Où l'on se trouve cent quand il faut être deux.
Ils reviennent le soir, et leurs femmes renoncent
À chercher la réponse écrite dans leurs yeux…

Les femmes de la ville ont vieilli cet été :
Les plaintes inutiles, c'est si lourd à porter…
Pour toi, voici le temps d'amours adolescentes,
Et tu lis le journal par d'autres déplié.
Que les matins sont longs, ô phrases décevantes !
Et les amours finissent avant qu'on ait osé…

Les enfants de la ville ont vieilli cet été :
La honte juvénile, c'est si lourd à porter…
Les enfants de la ville grandissent en hiver,
Avec des yeux hostiles posés sur l'univers…

Interprète : Francis Lemarque
Paroles : Georges Coulonges
Musique : F. Lemarque
Disque 33T Meys 30 011, s.t.
Enregistré en 1973
Arrangement : Alain Goraguer
CD source : double album "Francis Lemarque, À Paris", disque 1, Meys / EMI, 2520352 (1993)

LES VILLES DE SOLITUDE [extrait] (1973)

Dans les villes de grande solitude,
Moi, le passant bien protégé
Par deux mille ans de servitude
Et quelques clous sur la chaussée…

Dans les villes de grande solitude,
De nouvel an en nouveaux nés,
Quand j'ai bu plus que d'habitude,
Me vient la faim d'un carnassier…

L'envie d'éclater une banque,
De me crucifier le caissier,
D'emporter tout l’or qui me manque,
Et de disparaître en fumée…


Interprète : Michel Sardou
Paroles : Pierre Delanoë, M. Sardou
Musique : Jacques Revaux
Disque 33T Tréma / Phonogram 6499 739 "La maladie d’amour"
Enregistré en 1973
Arrangement : René Pratx
CD source : double album "Michel Sardou, les grands moments", disque 1, Tréma / Sony 710725 (1996)

LES BARBARES [extrait] (1976)

Les Barbares habitaient dans les angles tranchants
Des cités exilées au large du business.
Ils rivaient leurs blousons d'étranges firmaments
Où luisaient la folie, la mort et la jeunesse.
La nuit, le haut fourneau mijotait ses dollars…
La fumée ruisselait sur nos casques rouillés…
Dans le vestiaire cradingue, cinq minutes volées
À la fumée, au feu, au bruit, au désespoir…

Oh ! mon amour, emporte-moi,
Emporte-moi loin de la zone.
Vers des pays chagrins…
Vers des pays faciles…
Vers des pays dociles…

Interprète : Bernard Lavilliers
Paroles et musique : B. Lavilliers
Disque 33T Barclay 90069 "Les Barbares"
Enregistré en 1976
Arrangement : Richard Marsan
CD source : réédition de l’album "Les Barbares", Barclay, 843 420-2 (1998)

BANLIEUE NORD    [de Starmania, extrait] (1978)

J' m'appelle Johnny Rockfort,
J'suis né dans la Banlieue Nord.
J'ai grandi sur les trottoirs.
J'ai pas choisi d'être un zonard.
Ma mère est dev’nue folle
Parce que mon père buvait trop…
À quinze ans, j'ai quitté l'école
Et j'ai pris le premier métro…

Sans foi ni loi,
Je veux vivre et mourir,
Sans feu ni lieu,
J' veux pas rentrer dormir
Dans ma banlieue.
J'ai tout cassé
Avant d' partir !
J'ai pas d' passé,
J'ai pas d'avenir !

Interprète : Daniel Balavoine (Johnny)
Paroles : Luc Plamondon
Musique : Michel Berger
Disque double 33T WEA 66 080
Enregistré en 1978
Arrangement : Michel Berger
CD source : album "Starmania, version originale [extraits]", 9031-74214--2 (s.d.)


Y’A CINQUANTE GOSSES DANS L’ESCALIER (1981)

Y a cinquant’ goss’ dans l'escalier…

D'une HLM de Genn’villiers
Et, sur les murs,
Ils ont dessiné des chevaux
Et des poissons dans les ruisseaux,
Des p'tit’ maisons illuminées
Qu’ ont plein d’ fumée dans les trous d’ nez…
Y a cinquant’ goss’ dans l'escalier…

Et, sous l’ néon des plafonniers,
Ils font du bruit,
Pour plus entendr’ le gai folklore
Des quint’ de toux, des transistors,
Et tout l’ boucan de cett’ cité
Qui n'en peut plus d’ se supporter…

Y a cinquant’ goss’ dans l'escalier…

Qui pass’nt leurs vacanc’ d'écolier
Et, sur la rampe,
À défaut d'être aux sports d'hiver,
Ils font du tir’-fesses à l'envers,
Et pourtant, y a d’ la neige dehors,
Mais cell’ d’ici vous fout la mort…

Y a cinquant’ goss’ dans l'escalier…

Derrièr’ les port’ de chaqu’ palier,
Y a des pauv’ gens
Qui n'iront jamais voir la mer,
Qui ne connaiss’nt qu’ le RER,
Et,au boulot, la triste gueule
D'un p'tit sous-chef qui les engueule…

Y a cinquant’ goss’ dans l'escalier…
                           
On lit, sur les murs écaillés,
Des graffiti
Qui dis’nt : « Thierry aime Corinne »,
 « C'est dégueulasse à la cantine »,
 « Le typ’ du quatrièm’ se soûle »,
 « Le pèr’ d'Éric va voir sa poule »…

Y a cinquant’ goss’ dans l'escalier…

I’ veul’nt pas connaîtr’ l'atelier
Où bosse leur vieux,
Qui à trente ans vous fout l’ vertige,
On lui donn’rait plutôt cent piges…
L’ dimanche, i’ veut mêm’ plus sortir :
Il a qu'une envie, c'est d’ dormir…

Y a cinquant’ goss’ dans l'escalier…

Les filles, plus tard, veul’nt pas s’ marier
Pour fair’ des mômes…
Dans cet univers de déprime,
Malgré vos sourires et vos primes,
S’ y’a plus d'enfants, mes bons apôtres,
Il faudra bien donner les vôtres…

Y a cinquant’ goss’ dans l'escalier…

Qui rêv’nt du jour où i’ vont s’ tailler
Sur une moto…
Pour tout bagage, un’ vieill’ guitare,
Vers des bleds qui sent’nt pas l’ cafard,
Vers des copains, et un soleil
Qui chauffe un peu plus qu’ c’ui d’ Créteil…

Y a cinquant’ goss’ dans l'escalier…

Interprète : Pierre Perret
Paroles et musique : P. Perret (1981)
Enregistré en 1993-1994 / Arrangement : Romain Didier
CD source : coffret "Pierrot l’Intégrale", vol.8 "La révolte", Carrère, 50491 (1994)
 
JE MARCHE DANS LES VILLES [extrait] (1980)

Moi, je marche dans les villes,
Les banlieues, les bidonvilles,
Sur le pavé des ports,
Et sur l'asphalte vil,
Visitant le décor
Des amours difficiles…
Je suis l'amateur d'ombres,
L'explorateur des décombres,
Le croiseur du grand vide,
L'amant de la pénombre,
Le flâneur intrépide
Aux fantasmes sans nombre…
Moi, je ressemble aux rois-mages
À la poursuite d'un mirage,
D'une étoile équivoque
Éclairant les visages
Des habitués des docks
En quête de naufrage…
Moi, je suis le rôdeur pâle,
Loin des rues principales,
Dans les quartiers déserts.
Le p’tit Sardanapale
Des dimanch’s de misère,
Aux douch’s municipales…
Moi, je hante le hall des gares,
A l'heur’ des troufions hagards,
Traçant des graffitis
A l'abri des regards,
Le dernier train parti,
Quand la raison s'égare…
Le dernier train parti,
Quand la raison s'égare…

Interprète : Jean Guidoni
Paroles : Pierre Philippe
Musique : Michel Ciwye
Disque : double 33T Philips 818 673-1 "Jean Guidoni à l’Olympia" (1984)
Enregistré en novembre 1983
Orchestration : R . Alessandrini
CD source : longbox 4 albums "Jean Guidoni", disque 1, Mercury / Universal, 063 308-2 (2002)


RÉPONDEZ-MOI [extrait] (1981)

Je vis dans une maison
Sans balcon, sans toiture,
Où y’a même pas d'abeilles
Sur les pots de confiture,
Y’a même pas d'oiseaux,
Même pas la nature,
C'est même pas une maison…
J'ai laissé, en passant,
Quelques mots sur le mur
Du couloir qui descend
Au parking des voitures,
Quelques mots pour les grands,
Même pas des injures…
Mais si quelqu'un les entend,

Répondez-moi…
 
Mon cœur a peur d'être emmuré entre vos tours de glace,
Condamné au bruit des camions qui passent.
Lui qui rêvait de champs d'étoiles, de colliers de jonquilles
Pour accrocher aux épaules des filles…

Mais le matin vous entraîne
En courant vers vos habitudes
Et le soir, votre forêt d'antennes
Est branchée sur la solitude,
Et que brille la lune pleine
Ou que souffle le vent du Sud,
Vous, vous n'entendez pas…
Et moi, je vois passer vos chiens
Superbes aux yeux de glace,
Portés sur des coussins
Que les maîtres embrassent,
Et pour s'effleurer la main,
Il faut des mots de passe,
Pour s'effleurer la main…

Répondez-moi…

Interprète : Francis Cabrel
Paroles et musique : F. Cabrel (1981)
Enregistré le 11 décembre 1999 au Zénith de Toulouse
CD source : triple album "Double Tour", disque 2, Chandelle / Columbia, COL 499753-2 (2000)
 
JE MARCHE SEUL [extrait] (1985)

Comme un bateau dérive
Sans but et sans mobile,
Je marche dans la ville,
Tout seul et anonyme…

Oh ! La ville et ses pièges,
Ce sont mes privilèges.
Je suis riche de ça,
Mais ça ne s'achète pas…

J' m'en fous,
J' m'en fous de tout,
De ces chaînes qui pendent à nos cous.
J' m' enfuis, j'oublie,
Je m'offre une parenthèse, un sursis…

Je marche seul
Dans les rues qui se donnent.
Et la nuit me pardonne.
Je marche seul
En oubliant les heures…

Interprète : Jean-Jacques Goldman
Paroles et musique : J.-J. Goldman
Disque 33T Epic / CBS EPC 26 678 "Non homologué"
Enregistré en 1985
Arrangement : J.-J. Goldman
CD source : réédition de l’album "Non homologué", EPIC CDEPC 26 678 (1990)


PARIS SOUS LES BOMBES (1995)

Il fut une époque à graver dans les annales.
Comme les temps forts du hip hop sur Paname
S'étaient alors abreuvés de sensations fortes,
Au-delà de toute description.
Quand cela te porte…
Paris sous les bombes ,
C'était Paris sous les bombes…
Le mieux, c'était d'y être
Pour mesurer l'hécatombe.
Une multitude d'impacts :
Paris allait prendre une réelle claque,
Un beau matin, à son réveil,
Par une excentricité qui l'amusait la veille.
C'était l'épopée graffiti qui imposait son règne : 
Paris était recouvert avant qu'on ne comprenne

C'était Paris sous les bombes…
Paris sous les bombes… etc…

Où sont mes bombes, où sont mes bombes
Avec lesquelles j'exerçais dans l'ombre ?
Quand nos nuits étaient longues
Et de plus en plus fécondes.
Ouais ! On était stimulés par la pénombre,
Prêts pour lâcher les bombes,
Oui, prêts pour la couleur en trombe…
Certains étaient là pour exprimer un cri.
D'autres, comme moi, juste par appétit.
Tous foncedés, chaque soir, Paris nous était livré
Sans condition, c'était à prendre ou à laisser…
Quel est le gamin, à l'âge que j'avais,
Qui n'aurait pas envié l'étendue que couvrait
Nos aires de jeux à l'époque ?
Quand il fallait qu'on se frotte aussi avec les keufs,                               7
Mais ce sont d'autres histoires en bloc.
Je crois pouvoir dire qu'on a oeuvré pour le hip hop :
Désolé si, de nos jours, y' en a encor' que cela choque.
 
Refrain

Pour le Mad TCV, big-up !
Pour les funky COP, big-up !
Pour les 93, big-up !
Big-up, big-up ! Aux autres, on a roulé au top…
J'entends encore d'ici les murmures,
Le bruit des pierres sur les rails qui rythmaient l'allure
J'ai kiffé chacune de nos virées nocturnes,
J'ai kiffé ces moments qui nous nouaient les burnes…
C'étaient nos films à nous,
C'était aussi une façon, pour nous,
D'esquiver la monotonie du quartier,
Où l'odeur de la cité finit par te rendre fou.
Alors, on allait s'évader en bande.
Fallait que l'on descende dans les hangars
Prendre de l'avance sur la Comatec,
Aussi sur les autres crews afin de faire le break…

Refrain
 
 Interprète : NTM
 Paroles et musique : Kool Shen & Joey Starr      
 Enregistré en 1995
 Programmation additionnelle : DJ Clyde
 CD source : album "Suprême NTM, Paris sous les bombes", Epic / Sony (1995)


NOUGAYORK [extrait] (1987)

Dès l'aérogare,
J'ai senti le choc,
Un souffle barbare,
Un remous hard-rock…
Dès l'aérogare,
J'ai changé d'époque,
Come on ! Ça démarre
Sur les starting-blocks !

Gare… gare… gare…
Là, c'est du mastoc.
C'est pas du Ronsard,
C'est de l'amerloque…
Sera-ce la bagarre ?
OK, j' suis ad hoc,
J'aurai l' gros cigare,
En or, les pare-chocs…

Dès l'aérogare,
J'ai senti le choc,
Faut rentrer dare-dare,
Dans la ligne de coke…
Un nouveau départ,
Solid’ comme un roc,
Une pluie d' dollars,
Ici Nougayork !..

Interprète : Claude Nougaro
Paroles : C. Nougaro
Musique : Philippe Saisse
Disque CD WEA 242 226-2 "Nougayork"
Enregistré en 1987
Arrangement : Philippe Saisse
CD source : album "Grand angle sur Nougaro", Philips / Phonogram 526237-2 (1994)


Par Thierry Aprile
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés